Paroisses Nancy-Sud

Homélie du 16 mai 2015 : Dieu est amour - Homélie de Mgr Papin lors de sa visite pastorale

Informations supplémentaires

  • Date Homélie: samedi, 16 mai 2015
  • Prêtre Homélie: Monseigneur Papin
  • Lectures:

    Livre des Actes des Apôtres 1, 15 – 17. 20a. 20c – 26.

    Psaume 102.

    Première lettre de saint Jean 4, 11 – 16.

    Evangile de Jésus Christ selon saint Jean 17, 11b – 19.

  • Homélie:

    « Dieu est Amour ». Trois mots... Trois petits mots d'une densité absolue qui expriment qui est Dieu en lui-même et qui il est pour nous. Ces trois mots, nous les connaissons par cœur et nous les répétons souvent. En mesurons-nous toute la signification et les implications ?

    Dieu et Amour : deux mots que nous pouvons substituer l'un à l'autre : Dieu est Amour... L'Amour est Dieu. C'est dire que Dieu est la source unique et absolu de tout amour humain : de l'amour entre les époux, de l'amour des parents pour leurs enfants et des enfants pour leurs parents, de l'amour fraternel et de l'amour que nous devons avoir pour notre prochain. Tout amour humain est comme une parcelle de l'amour de Dieu en nous, une habitation de Dieu en nous. Saint Jean écrit dans sa première lettre que lorsque nous aimons, Dieu demeure en nous et nous demeurons en Dieu (cf. 1 Jn 4,16).

    La manifestation plénière de ce Dieu Amour, saint Jean l'exprime dans son Évangile : « Dieu a tant aimé le monde qu'il a donné son Fils unique ; ainsi tout homme qui croit en lui obtiendra la vie éternelle » (Jn 3,16). C'est pourquoi la réponse de l'homme, c'est d'aimer Dieu de tout son cœur, de toute son âme et de toutes ses forces comme le préconisait déjà la loi juive (Dt 6,4-5). Mais Jésus y apporte quelque chose de nouveau. A l'amour pour Dieu il joint l'amour pour le prochain de sorte que les deux commandements exprimés séparément dans l'Ancien Testament ne forment plus qu'un seul et unique précepte : « Tu aimeras le Seigneur ton Dieu... et tu aimeras ton prochain comme toi-même » (Me 12,29-31). « Puisque Dieu nous a tellement aimés, nous devons, nous aussi, nous aimer les uns les autres » (1 Jn 4,11).

    Chers amis, cette exigence de bien articuler l'amour de Dieu et l'amour du prochain nous a été rappelée par la grande démarche nationale de l'Église en France, dénommée Diaconia -Servons la fraternité, qui a conduit au rassemblement de près de 12000 personnes à Lourdes en mai 2013. Dans le message final du rassemblement, il était dit : « La fraternité n'est pas une option, c'est une nécessité ». Car la fraternité est au cœur de la mission de Jésus venu, comme il l'a dit, pour rassembler les enfants de Dieu dispersés. Cette fraternité qui doit s'établir entre tous concerne de façon particulière ceux et celles qui pour diverses raisons en sont exclus. L'attention aux plus pauvres, aux plus fragilisés, aux plus isolés, notre engagement auprès d'eux doivent être au cœur de nos préoccupations personnelles et paroissiales, tout simplement parce que ce fut et que cela demeure au cœur du Christ et de son Évangile. Cette attention active, autrement dit la charité, doit tenir dans vos paroisses autant de place que la parole de Dieu, la catéchèse, la liturgie et les sacrements. Car, selon les mots du pape Benoît XVI, elle appartient à la nature de l'Église et celle-ci ne peut y renoncer (Dieu est amour 25). Si nous oubliions la charité et la fraternité, ou si nous ne leur accordions qu'une place secondaire, notre rapport à la Parole de Dieu et aux sacrements, en particulier à l'Eucharistie, serait faussé, et notre communauté bancale.

    J'entends souvent dire : « Mais, il y a le Secours Catholique, le CCFD, les équipes et les conférences Saint Vincent de Paul, et bien d'autres associations confessionnelles ou non qui œuvrent en ce sens et dans lesquelles des chrétiens s'engagent en tant que bénévoles ! » Oui, il y a tout cela, et c'est heureux et c'est nécessaire ! Et ces associations ont toujours besoin de bénévoles. Mais pour autant, une paroisse ne peut pas se décharger purement et simplement sur ces associations de l'engagement auprès des plus fragilisés pour ne se concentrer que sur la catéchèse, la liturgie et les sacrements. S'il en était ainsi, il lui manquerait un des éléments constitutifs de son identité chrétienne. Chaque paroisse doit donc inventer sa façon à elle d'accomplir le commandement de la charité. J'ai pu constater au cours de ma visite que c'est bien une préoccupation de vos paroisses, que ce soit auprès des personnes âgées et malades résidant chez elles ou en établissement, auprès des familles en deuil, auprès des immigrés et de bien d'autres façons...

    Et puis, ce n'est pas seulement sur notre bonne fréquentation des Saintes Écritures ni sur notre assiduité à la messe du dimanche que se jouera notre pleine participation au Royaume de Dieu. Certes, cela est important et nécessaire, car nous y puisons à la source de la charité. Mais nous voyons dans l'enseignement de Jésus qu'il y a un autre critère, déterminant : notre pratique effective de la charité: « J'avais faim, et vous m'avez donné à manger ; ... j'étais un étranger, et vous m'avez accueilli ; ... malade, et vous m'avez visité ; ... en prison, et vous êtes venus jusqu'à moi » ; alors, « venez et recevez en partage le Royaume... »

    Nous devons même aller plus loin que le seul secours apporté à ceux qui sont dans le besoin. Nous devons faire en sorte que ces personnes ne restent pas à l'extérieur de nos communautés et de nos assemblées, mais que, d'une manière ou d'une autre, elles y trouvent place, que nous nous organisions pour les y accueillir, qu'elles puissent y exprimer leurs joies et leurs souffrances, leur compréhension de la parole de Dieu et leur prière. Comme dit notre pape François, il est temps d'aller aux périphéries pour que les périphéries soient au centre de notre Église et de nos communautés.

    Lorsque j'étais séminariste, j'ai lu un petit livre qui m'avait beaucoup marqué. Il avait été écrit par un prêtre français, le Père Joseph Bouchaud, de la congrégation des Fils de la Charité. Ce prêtre était parti exercer son ministère en Amérique du Sud. Il avait intitulé son livre : « Les pauvres m'ont évangélisé ». Oui, nous avons beaucoup à recevoir au plan humain et chrétien des personnes en situation de précarité et de souffrance, car, selon les mots du pape François, elles ont part, plus que d'autres, à la croix du Seigneur. Cela suppose une vraie conversion de notre regard, de notre cœur et de nos façons de vivre en Église pour être à même d'accueillir ces personnes, ce qu'elles ont à partager avec nous, et de nous laisser changer par elles, car si nul n'est trop pauvre pour n'avoir rien à dire ni à partager, nul n'est trop riche pour n'avoir rien à recevoir des plus pauvres. Permettez-moi de citer à nouveau notre pape : « Les pauvres ont beaucoup à nous enseigner... Il est nécessaire que tous nous nous laissions évangéliser par eux.... Nous sommes appelés à découvrir le Christ en eux... à être leurs amis, à les écouter, à les comprendre et à accueillir la mystérieuse sagesse que Dieu veut nous communiquer à travers eux » (n° 198).

    Alors que l'Église dans ce temps préparatoire à la Pentecôte invoque le don de l'Esprit, je conclurai par cette prière du Missel Romain : « Ceux que tu nourris d'un même pain, Seigneur, tiens les dans le souffle de ton Esprit. Qu'un parfait amour de charité les saisisse et les renouvelle. Amen ».

    Monseigneur Jean-Louis Papin

    Homélie du samedi 16 mai 2015 à Chavigny.