Paroisses Nancy-Sud

Homélie du 21 juin 2015 : Qui donc est-il pour que même le vent et la mer lui obéissent ?

Informations supplémentaires

  • Date Homélie: dimanche, 21 juin 2015
  • Prêtre Homélie: Claude Houot
  • Lectures:

    Livre de Job 38, 1. 8 – 11.

    Psaume 106.

    Deuxième lettre de saint Paul aux Corinthiens 5, 14 – 17.

    Evangile de Jésus Christ selon saint Marc 4, 35 – 41.

  • Homélie:

    Des tempêtes, il y en a hélas beaucoup qui frappent notre monde. Elles sont de tous ordre. Elles viennent des éléments déchainés qui font des milliers de victimes. A force d’être malmenée par les hommes, la nature se venge

    Mais il y a aussi les tempêtes provoquées par la violence des hommes, les injustices qui font qu’un petit nombre de privilégiés s’enrichissent aux dépens de plus pauvres. La parabole du riche et du pauvre Lazare se vit à l’échelle mondiale. Face aux flux migratoires, les pays favorisés pensent avant tout à se protéger et pire encore se laissent gagner par l’indifférence.

    Notre pape François vient de publier une encyclique sur la question, qui s’adresse au monde entier. La maison commune comme il dit est en péril. Son message est important parce qu’il dénonce les causes profondes qui se situent au niveau du cœur et de la conscience de chacun. Les causes, elles sont avant tout d’ordre spirituel et moral.

    Et nous allons nous apercevoir que nous aussi nous avons nos propres tempêtes à traverser. Elles aussi sont très variées. Les maladies, les deuils, les difficultés du vivre ensemble et qui dégénèrent en conflit.

    Aujourd’hui, à la lumière de l’Evangile, nous sommes invités à nous interroger sur la manière dont nous réagissons dans les tempêtes qui viennent secouer nos existences.

    Dans ce récit, c’est encore de la nature qu’il s’agit, en l’occurrence de l’eau et du vent. Deux éléments dont il est souvent question dans la Bible et qui ont tous deux un rôle ambigu. Il y a des vents favorables, la brise légère qui vient visiter le prophète Eli dans sa caverne. Le vent c’est aussi le souffle qui donne la vie ; ainsi le souffle que Dieu met dans les narines de l’homme dans le livre de la Genèse. Jésus qui souffle sur les apôtres avant de leur donner une mission. Et il y a aussi des vents violents qui détruisent tout.

    Et pour l’eau c’est la même chose. Il y a l’eau du déluge qui engloutit ou l’eau de la mer des roseaux que les Hébreux traversent sans encombre et qui engloutit ensuite les Egyptiens.

    Dans notre récit, il y a l’eau et le vent combinés qui mettent les apôtres dans une fâcheuse posture.

    Essayons de voir pourquoi on en est arrivé là. Jésus a prêché toute la journée à la foule, il est fatigué. Loin de la foule dans la barque il pourra se reposer. C’est lui qui demande à ses apôtres « passons sur l’autre rive ». J’ai l’impression que les apôtres ne sont pas très chauds. Une tempête qui s’annonce cela se voit, ce n’était pas prudent d’embarquer et puis sur l’autre rive pour quoi faire, ce sont des païens qui habitent là-bas. Ils ne font pas partie du peuple élu.

    Toujours est-il que la tempête arrive. Les apôtres sont affolés, le bateau risque de couler et pendant ce temps Jésus dort. Le sommeil devait être profond pour qu’on soit obligé de le réveiller et probablement pas en douceur : « on va couler et cela ne te fait rien. »

    Tranquillement Jésus ramène le calme en menaçant le vent et la mer. Il manifeste son pouvoir sur la création.

    Nous pouvons faire le rapprochement avec la première lecture : au milieu de la tempête, le Seigneur fait savoir à Job son pouvoir sur la création : il a fixé une limite à l’orgueil des flots.

    En ce qui concerne notre Evangile : le résultat chez les apôtres, c’est la peur et le questionnement : qui est-il pour que le vent et la mer lui obéissent ? Mais ce n’est pas la foi. Quel est cet homme ? est la question lancinante de l’Evangile et qui n’aura de véritable réponse qu’après la résurrection.

    Mais nous aussi nous avons des questions à nous poser.

    D’abord en ce qui concerne l’embarquement car nous aussi il nous faut traverser et aller sur l’autre rive et on ne sait pas trop ce qu’on va trouver, c’est l’inconnu et cela nous dérange. Notre pape nous dit qu’il faut aller au-delà de nos cercles habituels. Nous trouvons beaucoup de motifs pour hésiter et ne rien faire. Nous ne sommes pas équipés, nous avons peur d’affronter des tempêtes. La parole de Dieu sur bon nombre de problèmes actuel est malmenée, mise sous l’éteignoir. Et quand on ose la dire on se fait insulter. 

    Cela m’est arrivé une fois dans cette église l’an dernier lors d’un mariage. J’avais osé parler de la famille qui était à mon sens malmenée et en tout cas qui ne correspondait  pas au projet de Dieu. Un couple de jeunes m’a dit que j’insultais certaine famille qui se trouvait dans l’assemblée. Et lorsque j’ai répondu que j’avais simplement essayé de transmettre ce que nous dit Jésus. On m’a répondu que tout cela était dépassé. Après cela il n’y a plus rien à dire.

    Autre question que nous pouvons nous poser à propos de cet Evangile : l’absence de Dieu ! Que fait Dieu ? Il dort, c’est comme s’il  n’était pas là. En fait il est bien là mais sans rien. L’Evangile nous dit que les apôtres emmènent Jésus comme il était. Comme si c’était n’importe quel passager.

    Jésus arrive dans notre monde sans rien et à la fin il se laissera dépouiller de tout.

    Lui aussi affrontera de terribles tempêtes. Il appellera Dieu son Père à son secours. Il lui demandera de lui épargner l’épreuve qui l’attend. Mais pour finir, il s’en remettra à la volonté de son Père. Ce faisant, il ira à la mort : ce sera le dernier ennemi qu’il vaincra par sa résurrection.

    Il nous invite à passer sur l’autre rive parce que là c’est la liberté, la libération de ce qui nous asservit, de ces petits démons avec lesquels nous cohabitons.

    Sur l’autre rive Jésus guérira un possédé particulièrement violent. Et cet homme va annoncer partout ce que Jésus lui a fait. Il va devenir missionnaire. Voila ce qui se produit  quand on franchit un petit peu les frontières. Il se produit des choses merveilleuses.

    Dans notre traversée, il y aura des tempêtes et donc des affrontements inévitables. Il ne faut surtout pas que nous croyons que Dieu est absent ou qu’il dort. Il est là, c’est une certitude et il ne sera pas inactif si nous lui faisons confiance. Il ne nous lâchera pas.

    Dans notre marche nous devons éviter trois sortes de peur :

    Premièrement, la peur de l’inconnu, la peur de changer, peur de ce que nous allons trouver sur l’autre rive.

    Deuxièmement, la peur de rester coincé dans des situations inextricables, insolubles  en apparence et finalement peur qui aboutit à l’abandon.

    Troisièmement : masquer notre peur en nous installant dans un certain confort dans lequel rien ne bouge ; Surtout pas de vague, donc pas de tempête. Et la foi est aux abonnés absents. Elle peut connaître de véritables éclipses.

    Alors prions pour que l’encyclique de notre pape sonne un véritable réveil déjà en nous mais aussi dans le monde entier. Amen.

     

     

    Père Claude Houot

     

    Homélie du dimanche 21 juin 2015 à Jarville.