Paroisses Nancy-Sud

Homélie du 24 décembre 2015 : Nuit de Noël

Informations supplémentaires

  • Date Homélie: jeudi, 24 décembre 2015
  • Prêtre Homélie: Philippe Gauer
  • Lectures:

    Livre du prophète Isaïe 9, 1 – 6.

    Psaume 95.

    Lettre de saint Paul apôtre à Tite 2, 1 – 14.

    Evangile de Jésus Christ selon saint Luc 2, 1 – 14.

  • Homélie:

    Les fêtes de la Nativité arrivent cette année dans un contexte particulier pour au moins deux raisons majeures.

    Le premier élément est la vague d’attentats qui a défiguré notre planète, tant chez nous en France qu’au Moyen Orient ou en Afrique. Comment ne pas penser aux horreurs de ces derniers jours au Burundi ?

    Le deuxième élément est l’année de la Miséricorde qui s’est ouverte il y a tout juste quelques semaines.

    Trop souvent et encore plus ces dernières semaines, j’entends cette question : Pourquoi le mal, pourquoi ces horreurs si Dieu existe vraiment, si Dieu est amour ? C’est vrai que cette question reste un mystère et la réponse de Dieu peut nous paraître tout aussi incompréhensible que ce qui nous révolte. Ce serait beaucoup plus simple un Dieu qui condamne le mal, un Dieu qui juge et punit, un Dieu qui, dans sa colère, détruirait tout ce qui n’est pas juste… Mais voilà, notre Dieu est amour. Il est miséricordieux, c’est sa nature même. Depuis les temps anciens, il a promis le Salut et annoncé la venue du Messie. Mais qui s’attendait à découvrir un bébé, un bébé si vulnérable dans une étable ? Car ce n’est pas dans le palais d’un roi qu’il a voulu naître. Au moment de venir revêtir notre humanité, dans son abaissement Dieu a voulu naître parmi les plus pauvres.

    A la question : Mais que fait Dieu ? nous est donné une réponse déroutante : Il dort ! Mais pas au sens où nous l’entendons. Il dort, non pas là-haut au Ciel en nous ayant oubliés. Non, il dort dans l’étable, blotti dans la paille sous le regard plein de tendresse de Marie et de Joseph. Alors que le monde semble en pleine dérive, Dieu est là présent au milieu de nous pour éveiller notre cœur si endormi, si froid. Car si Jésus dort dans la paille, son cœur veille et nous éveille. Il vient nous réveiller de notre sommeil, de nos nuits de la foi ou du doute. Dieu vient sauver le monde en venant toucher nos cœurs. Qui peut rester indifférent devant ce petit enfant ? Le chant des anges nous conduit à la suite des bergers à nous émerveiller devant ce mystère de la vie que nous contemplons. Nous sommes invités à nous laisser saisir par le regard et le sourire de ce petit enfant.

    En regardant ce petit enfant dans la crèche, il nous semble entendre les mêmes paroles que celles qu’il prononcera sur la croix : « J’ai soif ». Oui Dieu a soif. Soif de notre amour. En se faisant pauvre parmi les plus pauvres, il vient quémander notre amour. Veux-tu bien m’aimer, j’ai soif de ton amour, de ta tendresse ? C’est le monde à l’envers : Dieu qui vient comme nous supplier de lui porter un peu d’amour. Dieu se rend tellement fragile par son incarnation, par sa naissance, qu’il se rend dépendant de notre amour. Voilà le grand mystère de Noël : tous appelés à aimer l’auteur de la vie, reconnaissons-le dans sa faiblesse par laquelle il sauve le monde en provoquant des explosions d’amour dans les cœurs.

    Une deuxième parole du Christ sur la croix : « Père pardonne-leur, ils ne savent pas ce qu’ils font ». Déjà dans la crèche nous pouvons deviner dans son cœur ce pardon qui jaillit. Il est venu parmi les siens et les siens ne l’ont pas reconnu. Ni tristesse ni colère dans le regard de ce jeune enfant, mais juste joie et paix car il est miséricorde. Il n’est pas venu pour être acclamé comme un puissant, il est venu manifester la miséricorde du Père.

    Ce soir, laissons-nous toucher par l’amour de Dieu. L’infiniment grand, l’infiniment puissant s’est fait tout petit et tout fragile. Nous le contemplons là dans la crèche comme nous pourrons le contempler tout à l’heure sur l’autel dans l’hostie. C’est tout faible et tout petit que Dieu continue de se donner au monde. Il ne cesse de s’inviter chez nous. Car c’est maintenant dans l’intimité de notre cœur que la rencontre se fait. Ce mystère est resté caché aux puissants et aux savants, pour se révéler aux petits et aux humbles. C’est dans le secret de notre cœur que Dieu vient nous rencontrer si nous sommes prêts à lui ouvrir la porte de notre vie.

    Si l’amour de Dieu, sa miséricorde nous émerveille, cela vient aussi bouleverser notre vie. Car un cœur qui s’émerveille devant l’amour est un cœur qui se laisse transformer par l’amour. La lumière de Noël embrase les cœurs qui s’ouvrent en la contemplant. La miséricorde de Dieu se répand alors comme par contagion. Celui qui est touché par la miséricorde de Dieu devient miséricordieux. Le fils de Dieu, en nous révélant sa miséricorde, nous révèle celle du Père et nous l’offre en partage pour que nous en vivions, pour qu’à notre tour nous devenions miséricordieux comme le Père. C’est là tout le mystère de cette sainte nuit. Dieu vient revêtir notre humanité pour nous faire revêtir sa divinité. Cela revient à dire que vient vivre notre fragilité pour nous faire vivre sa miséricorde.

    Une lumière s’est levée. Alléluia, alléluia.

    Jésus, lumière des nations. Alléluia, alléluia.

    Père Philippe Gauer.

    Homélie du jeudi 24 décembre à Jarville.