Paroisses Nancy-Sud

Homélie du 24 mars 2016 : Jeudi Saint

Informations supplémentaires

  • Date Homélie: jeudi, 24 mars 2016
  • Prêtre Homélie: Philippe Gauer
  • Lectures:

    Livre du prophète Isaïe 61, 1 – 3a. 6a. 8b – 9.

    Psaume 88 (89)

    Apocalypse de saint Jean 1, 5 – 8.

    Evangile de Jésus Christ selon saint Luc 4, 16 – 21.

  • Homélie:

    Nous entrons dans le triduum Pascal, avec ces trois jours saints, les trois plus grands jours de l'année, par la célébration de la cène, ce dernier repas pris par Jésus avec ses disciples.

    Cette célébration revêt plusieurs particularités cette année, d'une part par l'actualité de ces derniers jours et d'autre part par la célébration du jubilé de la miséricorde.

    En effet, comment ne pas mentionner les horreurs liées au terrorisme, comme il y a quelques jours en Belgique, mais aussi comme dans tant d'autres pays, en Afrique ou au Moyen-Orient, là où les chrétiens sont victimes d'un véritable génocide. Prions particulièrement aujourd'hui pour toutes ces victimes et leurs proches.

    À travers l'intolérable drame de la pédophilie, les auteurs d’actes criminels blessent à vie des enfants, c'est aussi l'Eglise dans sa globalité qui a été salie. Prions donc d'abord pour toutes ces victimes innocentes dont les vies sont brisées, mais prions aussi pour tous les prêtres et les évêques afin qu'ils soient renouvelés dans la grâce de leur sacerdoce en ces temps si difficiles.

    Toutes ces victimes resteront marquées à vie. Barbarie, terrorisme ou violences sexuelles, ce sont à chaque fois des crimes abominables et inexcusables qui blessent toute l'humanité.

    Mais, avec foi et espérance, cette année, nous célébrons aussi l'année de la miséricorde de Dieu. Face au mal, à la souffrance, à la mort, Dieu vient se présenter à nouveau sur le visage de la miséricorde. Doux et humble de cœur, le Christ prend sur lui notre humanité avec son poids de péché. Il ne vient pas en juge vengeur pour condamner, il vient avec tendresse et délicatesse pour guérir celui qui est blessé. La brebis égarée ou blessée, il vient lui-même la chercher et la porter sur ses épaules. Il vient la serrer contre son cœur.

    La plus grande maladie dont souffre notre monde s'appelle l’indifférence. C'est une indifférence sociale quand nous ignorons ceux qui vivent en marge de nos sociétés, en ne comptant plus pour personne (les SDF ou les réfugiés). Il s'agit d'une indifférence économique lorsque nous refusons de partager nos richesses avec ceux qui sont dans le besoin. Cela concerne autant nos relations de proximité (nos voisins de quartier, notre ville) que les relations internationales. Il est urgent que nous retrouvions une véritable justice dans la gestion des richesses mondiales. Cette indifférence peut être aussi religieuse ou spirituelle, lorsque nous vivons, sous prétexte d'une fausse laïcité, comme si Dieu n'existait pas ou comme si Dieu était absent de ce monde.

    Ce Jeudi Saint, aujourd'hui, nous voici ensemble au cénacle autour de Jésus pour ce dernier repas qu'il veut prendre avec ses disciples.

    Il se fait serviteur. Dieu vient se mettre à genoux devant nous pour nous laver les pieds, pour nous purifier du péché, de tout ce qui souille notre cœur et donc notre vie. C'est la miséricorde de Dieu. Mais c'est aussi un envoi en mission pour que nous pratiquions à notre tour des œuvres de miséricorde vis-à-vis des plus pauvres, des malades, des prisonniers et de tous les réfugiés. C'est ainsi qu'à notre tour, nous somme appelés à nous laver les pieds les uns les autres.

    Ayant aimé les siens, il les aime jusqu'au bout. Par l'institution de l'Eucharistie, il anticipe sa mort sur la croix, montrant bien ainsi que c’est lui qui donne sa vie, son corps livré, son sang versé. C'est la nouvelle alliance qui devient communion, pas simplement communion de cœur, mais aussi communion de vie avec lui, pour aimer avec lui, pour aimer en lui et par lui, comme lui.

    Faites ceci en mémoire de moi : c'est aussi l'institution du sacerdoce. Les disciples deviennent prêtres, pour actualiser le sacrement de la miséricorde, chaque jour et en tout lieu. Par la célébration de l'Eucharistie s'actualise le salut du monde. Unis au Christ, nous sommes invités à offrir avec lui notre vie pour la gloire de Dieu et le salut du monde. Là se trouve le cœur, la source et le sommet de toute vie chrétienne. Par la participation à l'Eucharistie notre vie devient chrétienne.

    Notre Amen devient engagement. Il nous plonge dans l'amour miséricordieux du Père et nous associe à la mission de son Fils sous la conduite de l'Esprit Saint. Laissons-nous dépouiller de nos richesses et de nos certitudes par l'amour du Christ. Accompagnons-le sur le chemin de Gethsémani jusqu'à sa croix et sa mort. De son cœur transpercé jaillissent des fleuves d'eau vive, prémices de la résurrection. Veillons et prions car pour nous les hommes, l'heure de Dieu est arrivée.

    Père Philippe Gauer

    Homélie du jeudi 24 mars 2016 à Jarville