Paroisses Nancy-Sud

08 novembre 2015 : La veuve aux deux piécettes

Informations supplémentaires

  • Date Homélie: dimanche, 08 novembre 2015
  • Lectures:

    Premier livre des Rois 17, 10 – 16.

    Psaume 145 (146).

    Lettre de saint Paul apôtre aux Hébreux 9, 24 – 28.

    Evangile de Jésus Christ selon saint Marc 12, 38 – 44.

  • Homélie:

    Angélus du pape François.

     

    Chers frères et sœurs, bonne journée avec ce beau soleil !

     

    Le passage de l’Évangile de ce dimanche se compose de deux parties: l’une dans laquelle est décrit comment ne doivent pas être les disciples du Christ ; l’autre, dans laquelle est proposé un idéal exemplaire du chrétien.

    Commençons par la première : ce que nous ne devons pas faire. Dans la première partie, Jésus impute aux scribes, maîtres de la loi, trois défauts qui se manifestent dans leur style de vie: vanité, avidité et hypocrisie. Ils aiment — dit Jésus « les salutations sur les places publiques, les premiers rangs dans les synagogues, et les places d’honneur dans les dîners » (Mc 12, 38-39). Mais sous des apparences aussi solennelles se cachent la fausseté et l’injustice. Alors qu’ils se pavanent en public, ils utilisent leur autorité pour « dévorer les biens des veuves » (cf. v. 40), qui étaient considérées, avec les orphelins et les étrangers, comme les personnes les plus vulnérables et les moins protégées. Enfin, les scribes « affectent de prier longuement pour se faire voir » (cf. v. 40). Aujourd’hui aussi le risque existe d’avoir ce comportement. Par exemple, quand on sépare la prière de la justice, car on ne peut pas rendre un culte à Dieu et causer des torts aux pauvres. Ou quand on dit aimer Dieu et, en revanche, on fait passer devant Lui sa propre gloire, son propre profit.

    C’est dans cette ligne que se situe la deuxième partie de l’Évangile d’aujourd’hui. La scène se déroule dans le temple de Jérusalem, précisément dans le lieu où les personnes jetaient des pièces en offrande. Il y a beaucoup de riches qui jettent beaucoup de pièces, et il y a une pauvre femme, veuve, qui met juste un peu de monnaie, deux piécettes. Jésus observe attentivement cette femme et attire l’attention des disciples sur le contraste net de la scène. Les riches ont donné, avec beaucoup d’ostentation, ce qui pour eux était superflu, alors que la veuve, avec discrétion et humilité, a donné « tout ce qu’elle avait pour vivre » (v. 44) ; c’est pourquoi — dit Jésus — elle a donné plus que tous. En raison de son extrême pauvreté, elle aurait pu n’offrir qu’une pièce pour le temple et garder l’autre pour elle. Mais elle ne veut pas faire à moitié avec Dieu : elle se prive de tout. Dans sa pauvreté, elle a compris que, ayant Dieu, elle a tout; elle se sent totalement aimée par Lui et à son tour elle l’aime totalement. Quel bel exemple que cette petite vieille !

    Aujourd’hui, Jésus nous dit à nous aussi que la mesure du jugement n’est pas la quantité, mais la plénitude. Il y a une différence entre quantité et plénitude. Tu peux avoir beaucoup d’argent, mais être vide : il n’y a pas de plénitude dans ton cœur. Pensez, au cours de cette semaine, à la différence qu’il y a entre quantité et plénitude. Ce n’est pas une question de portefeuille mais de cœur. Il y a une différence entre le portefeuille et le cœur... Il y a des maladies cardiaques, qui font diminuer le cœur au profit du portefeuille... Et cela ne va pas bien ! Aimer Dieu « de tout son cœur » signifie se fier à Lui, à sa providence, et le servir dans nos frères les plus pauvres sans rien attendre en retour.

    Je me permets de vous raconter une anecdote, qui est arrivée dans mon précédent diocèse. Une mère et ses trois enfants étaient à table ; le papa était au travail ; ils mangeaient des escalopes milanaises... À ce moment là, on frappe à la porte et l’un des enfants — petits, 5 et 6 ans, le plus grand 7 ans — vient et dit : « Maman, il y a un mendiant qui demande à manger ». Et la maman, une bonne chrétienne, leur demande : « Que faisons-nous ? » — « Donnons-lui quelque chose maman... » — « D’accord ». Elle prend une fourchette avec un couteau et coupe la moitié de chaque escalope. « Ah non, maman, non ! Pas comme ça ! Prends dans le réfrigérateur » — « Non, faisons trois sandwich comme ça ! ». Et les enfants ont appris que la véritable charité se donne, elle ne se fait pas avec ce qui est en plus, mais avec ce qui nous est nécessaire. Je suis certain qu’au cours de l’après-midi, ils ont eu un peu faim... Mais c’est comme cela qu’il faut faire !

    Face aux besoins du prochain, nous sommes appelés à nous priver — comme ces enfants, de la moitié des escalopes — de quelque chose d’indispensable, pas seulement du superflu ; nous sommes appelés à donner le temps nécessaire, pas seulement celui que nous avons en plus; nous sommes appelés à donner immédiatement et sans réserve l’un de nos talents, pas après l’avoir utilisé pour nos objectifs personnels ou de groupe.

    Demandons au Seigneur de nous admettre à l’école de cette pauvre veuve, que Jésus, à la stupéfaction des disciples, fait monter en chaire et présente comme maîtresse d’Évangile vivant. Par l’intercession de Marie, la femme pauvre qui a donné toute sa vie à Dieu pour nous, demandons le don d’un cœur pauvre, mais riche d’une générosité joyeuse et gratuite.