Paroisses Nancy-Sud

Homélie du 15 avril 2017 : Vigile pascale

Informations supplémentaires

  • Date Homélie: samedi, 15 avril 2017
  • Prêtre Homélie: Marc Haeussler
  • Lectures:

    Livre de la Genèse 1, 1 – 2,2.

    Psaume 103.

    Livre de l’Exode 14, 15 à 15, 1a.

    Cantique Ex 15.

    Livre du prophète Isaïe 54, 5 – 14.

    Psaume 29.

    Livre du prophète Ezékiel 26, 16 – 17a. 18 – 28.

    Psaume 41 – 42.

    Lettre de saint Paul apôtre aux Romains 6, 3b – 11.

    Psaume 117.

    Evangile de Jésus Christ selon saint Matthieu 28, 1 – 10. 

  • Homélie:

    « Dieu, personne ne l’a jamais vu » nous dit saint Jean. Oui, et pourtant, en cette nuit de la Vigile pascale, nous apprenons à mieux le distinguer en considérant son œuvre, avec les traces qu’il nous laisse, avec son témoignage, sa Parole qui lui rend témoignage, son Verbe.

    Cette glaise, cette terre malléable que nous sommes (Genèse 1 et 2) entre les mains du créateur, dit toute notre fragilité et aussi notre beauté, notre force dès lors que le souffle de Dieu vient nous animer, vient nous faire partager, déjà, un peu de ses entrailles, de cet amour qui nous précède de toute éternité.

    Le livre de la Genèse, que nous avons entendu, est une manière poétique de dire de grandes vérités. « Tout cela » : cette lumière et cette eau, indispensables à la vie, cette terre, ce ciel, ces étoiles que seul Dieu peut compter, nommer une par une, cette immensité qui nous dépasse mais sans nous écraser, quelque soit la manière dont tout cela est en interaction et que la science explique de mieux en mieux. « Tout cela » : je n’en suis pas à l’origine et c’est « tout cela », au fil de l’évolution, qui a conduit à ce que l’homme que je suis puisse advenir. Et en plus cet univers n’est pas muet, il est parlant. Il a inspiré depuis toujours tant et tant d’hommes, qu’ils soient poètes, scientifiques ou commun des mortels. Cet univers a inspiré c’est vrai, surtout ceux qui ont gardé en eux une capacité à s’étonner, une intelligence qui pressent, humblement, la marque d’une présence derrière tout cela. On peut ainsi penser à Charles Péguy :

    « Ô ma nuit étoilée, je t’ai créé la première (…)
    Nuit qui réussit à endormir l’homme, ce puits d’inquiétude
    A lui seul plus inquiet que toute la création ensemble (…)
    Toi pour qui descend sur terre un avant-goût
    Toi qui répands de tes mains, toi qui verses sur terre une première paix
    Avant-coureur du repos éternel. »

    Que de traces a-t-il laissé notre créateur. Avec cette eau aussi, qui n’est pas faite pour submerger la terre et qui pourtant, trop souvent, nous submerge comme le mal ou comme la mort aussi peut sembler gagner sur nous. Et bien non. L’œuvre du Seigneur est aussi de nous sauver des eaux pour nous faire marcher à « pieds secs », dans cet apprentissage de la liberté, qui coûte, qui connaît la soif du désert, nécessaire pour accepter de saisir la main qui nous tend la gourde. En quelque sorte, Dieu nous dit : « Ne reste pas dans tes enfermements, tes addictions, ta suffisance, tout ce qui ne te rend pas libre ni heureux. Accepte que je t’apprenne à vivre selon mon amour, celui-là même qui, déjà, t’a créé. » « Dans mon éternelle fidélité, je te montre ma tendresse » (psaume 41 – 42), « une éternelle fidélité aussi étendue que cette immensité de ma création, ce ciel étoilé que nul ne peut contenir ».

    « Homme et femme, il les fit à son image » (Genère), homme et femme il les restaurera, les consolera, les rebâtira. « La gloire de Dieu, c’est l’homme vivant, l’homme debout » dit saint Irénée. L’homme défiguré devant Pilate est le même que celui qui sera transfiguré. « La vie de l’homme, c’est la vision de Dieu », complète saint Irénée. Le corps glorieux auquel nous sommes appelés assumera en son sein le corps défiguré, le rejeté, le mal aimé, le mal aimant. « La pierre qu’on rejetée les bâtisseurs est devenue la pierre d’angle : c’est là l’œuvre du Seigneur, la merveille devant nos yeux » (psaume 117). « Ecoutez bien comment est la transformation que produit Pâques : Jésus a transformé notre péché en pardon, notre mort en résurrection, notre peur en confiance (…) Quand nous choisissons l’espérance de Jésus, nous découvrons petit à petit que la manière gagnante de vivre est celle de la graine (qui meurt en terre), celle de l’amour humble » (catéchèse du pape François).

    Alors oui, nous devançons par cette célébration l’aurore qui vient. « Eveille-toi, ô toi qui dors, je ne t’ai pas créé pour que tu demeures captif du séjour des morts » nous dit une homélie ancienne. « Relève-toi d’entre les morts : moi, je suis la vie des morts. Lève-toi, œuvre de mes mains, lève-toi mon semblable qui a été créé à  mon image. Eveille-toi, sortons d’ici. Car tu es en moi, et moi en toi, nous sommes une seule personne indivisible. »

    Alléluia ! Le Christ est vraiment ressuscité !

     

    Père Marc Haeussler.

    A partir de l’homélie du samedi 15 avril 2017 à Jarville.