Paroisses Nancy-Sud

Homélie du 16 avril 2017 : Pâques

Informations supplémentaires

  • Date Homélie: dimanche, 16 avril 2017
  • Prêtre Homélie: Marc Haeussler
  • Lectures:

    Livre des Actes des Apôtres 10, 34a. 37 – 43.

    Psaume 117.

    Première lettre de saint Paul apôtre aux Corinthiens 5, 6b – 8.

    Evangile de Jésus Christ selon saint Jean 20, 1 – 9.

  • Homélie:

    Ce que nous vivons ce matin, ce qui nous renouvelle, ce qui nous lance dans un nouveau commencement s’enracine dans un événement, événement à la fois tout petit à l’échelle de l’histoire et qui, pourtant, a tout changé. Marie-Madeleine « se rend au tombeau de grand matin », alors que « c’était encore les ténèbres » nous précise saint Jean. Pierre et Jean en sont informés. Ils accourent et constatent que le tombeau est vide. « Jean vit et il cru ». Dans la pénombre de ce petit matin, en Judée, au cœur de ce petit pays d’Israël appartenant à la province romaine de Syrie, une des multiples provinces de l’Empire romain, une poignée de juifs constatent que le tombeau de leur maître, qui a été crucifié, est vide. Les historiens habitués aux grandes dates, aux personnages illustres, aux grandes batailles ou aux successions dynastiques auraient pu dire : bon très bien, passez le dossier à un enquêteur local, peut-être ce fait un peu surprenant sera-t-il un jour répertorié dans les archives des services du gouverneur de Judée. Mais peut-être qu’un observateur avisé des saisons, des travaux agricoles aurait dit, à cette époque et maintenant : attends, moi je sais qu’un petit événement, aussi petit soit-il, peut parfois avoir des répercussions inimaginables. Un jardinier pourrait confirmer alors qu’un grain de moutarde, la plus petite des graines, donne vie à une plante luxuriante, inattendue. Et un climatologue aujourd’hui parlerait de « l’effet papillon » qui veut qu’un simple battement d’aile de papillon dans le golfe du Mexique provoque, par le jeu d’un enchaînement de phénomènes météorologiques, une perturbation puis une tempête sur les côtes européennes.

    Ainsi en est-il de la puissance de résurrection. Benoit XVI l’exprime ainsi : « Le Seigneur lui-même a dit que le Royaume des Cieux, en ce monde, est comme un grain de sénevé, la plus petite de toutes les semences (Matthieu 13, 31). Mais il porte en lui les potentialités infinies de Dieu. La résurrection de Jésus, du point de vue de l’historien du monde, est peu voyante, c’est la semence la plus petite de l’histoire. Ce retournement des proportions fait partie des mystères de Dieu. En fin de compte, ce qui est grand, puissant, c’est ce qui est petit. Et la petite semence est la chose vraiment grande. Ainsi, la résurrection est entrée dans le monde … Et de constater, vu l’importance du sabbat dans la tradition juive que seul un événement puissamment bouleversant pouvait entraîner le renoncement au sabbat et son remplacement par le premier jour de la semaine. Seul un événement qui se serait imprimé dans les âmes avec une force extraordinaire pouvait susciter un changement aussi central dans la culture religieuse de la semaine chez les judéo-chrétiens.

    « La merveille devant nos yeux » (psaume 117) n’est pas une victoire parmi d’autres ou une action éclatante, une intervention brillante aux yeux du monde, ni un édifice splendide construit avec uniquement des pierres de choix. La merveille devant nos yeux, c’est précisément que «la pierre qu’on rejetée les bâtisseurs est devenue la pierre d’angle : c’est là l’œuvre du Seigneur ». C’est, dans l’Esprit, faire croître un grand corps avec, et même à partir des membres les plus faibles. L’attention que nous portons aux plus petits et à tous ceux qui sont sans voix, aux insignifiants est la marque d’une civilisation qui voudrait puiser, s’inspirer de l’Esprit du Christ ressuscité. Peut-être pouvons-nous être à l’affut de multiples petites résurrections dans nos vies : combien de fois une simple parole bienveillante, vraiment gratuite, attentionnée, nous a-t-elle remis debout, en marche ? Croire en la puissance de résurrection, c’est aussi pressentir que nous sommes beaucoup plus que ce que nous osons imaginer.

    Dieu lui-même qui s’est fait notre frère est, pour ainsi dire, celui qui s’adresse à son peuple, à ses frères les hommes, à chacun. C’est ce qu’exprime un chant dans sa dernière strophe :

    « Moi, je revis depuis l’Aurore

    où le vivant m’a réveillé ;

    toi, le témoin de ma clarté,

    es-tu vivant parmi les hommes ?

    Ô mon frère, réponds-moi ! »

     

    Père Marc Haeussler.

    A partir de l’homélie du dimanche 16 avril 2017 à Flavigny.