Paroisses Nancy-Sud

Homélie du 25 décembre 2017 : Jour de Noël

Informations supplémentaires

  • Date Homélie: lundi, 25 décembre 2017
  • Prêtre Homélie: Marc Haeussler
  • Lectures:

    Livre du prophète Isaïe 52, 7 – 10.

    Psaume 98.

    Lettre de saint Paul apôtre aux Hébreux 1, 1 – 6.

    Evangile de Jésus Christ selon saint Jean 1, 1 – 18. 

  • Homélie:

    Vous connaissez sans doute l'expression "lancer dans la vie"... On dit parfois d'un parent, d'un tuteur, d'un éducateur : il a lancé cet enfant dans la vie !...il lui a donné confiance dans les premiers pas, l'a relevé dans ses maladresses d'apprentis pour marcher, dialoguer, vivre dans ce monde.

    Oui, Marie et Joseph ont "lancé Jésus dans la vie", dans notre monde, dans notre humanité, notre chair ! Les premiers pas de Dieu lui-même dans notre humanité ont été accompagnés par des semblables à nous, Marie et Joseph. Précisément pour que Dieu lui-même se fasse semblable à nous... Dieu s'est fait Homme et Il a habité parmi nous...

    Désormais, pour ainsi dire, le passage de relais a été opéré vers nous tous : à nous aujourd'hui, à chacun de nous, de lancer Jésus dans notre propre vie humaine, cette même vie faite de joie, de moments plus légers, de failles aussi, de déceptions, de blessures, parfois même d'inquiétudes qui nous rongent (Ch Péguy compare l'homme à "un puits d'inquiétude"). A nous de laisser croître le fils de Dieu, Jésus, le Christ, en nous et parmi nous.

    Peut-être allez-vous me dire : "à quoi ça sert cette nouvelle?...à quoi ça sert de faire grandir Jésus en nous et parmi nous ? ...ça ne servira pas à avoir une vie plus pratique, plus facile, plus rapide, plus fluide, plus pragmatique encore et toujours... Non, rien de tout ça. "ça", on connait!... On est tellement outillé qu'on vit de moins en moins,...on "fonctionne". Il est pourtant une bonne nouvelle: nous sommes aussi capables de nous poser une autre question que "à quoi ça sert ?"... Notre intelligence humaine spécifiquement se pose aussi la question : pour quoi, pour quel sens, en vue de quoi, en vue de qui ? Oui, nous pouvons émerger de cette saturation de choses toujours plus utiles, toujours plus captivantes, pour réaliser : "et si j'étais fait surtout pour apprendre à aimer, pour vivre des choses sensées, "du sens" ? Ce qu'aucune machine, aussi performante soit-elle, ne pourra m'apprendre... Au fond du fond, on a même envie d'aimer et d'être aimé éternellement ! C'est un peu fou, oui !...Folie ou pas, que nous n'ayons plus (peut-être) la force d'y croire, c'est bel et bien inscrit en nous.

    Les apprentis que nous sommes (tous) balbutient dans ce domaine,... on tâtonne, avec parfois comme fardeaux toutes nos déceptions (on pourrait penser tout spécialement ce soir aux personnes qui volontairement restent seuls pendant les fêtes, parce que c'est encore trop dur, trop lourd pour eux de se réjouir, tant leur amertume est grande). Des fardeaux que nous déposons ce soir, pour nous et pour eux, au pied de Celui qui vient nous désarmer, peut-être même nous faire rendre nos armes. Non pas rendre nos armes comme un humilié devant son vainqueur, mais rendre les armes à celui qui n'a pas d'autre arme que son amour à proposer, un amour pourtant infini !

    Acceptons d'orienter notre vie selon cette soif profonde, acceptons d'apprendre à puiser. Alors on comprendra mieux non pas à quoi sert Jésus, mais pour quoi, pour qui, est-il venu, le fils de Dieu. Il est venu, et ce n'est pas juste une image, partager notre vie, non pas "à distance", mais en plein dedans. Du dedans de nous-mêmes, avec toutes nos écorchures plus ou moins cachées. Il est venu vivre notre vie fragile... d'enfant, ...que nous sommes, au fond...

    Car au fond de nous subsiste encore et toujours un "enfant de lumière", prêt à être lancé dans la vie, relancé dans la vie ! Et Jésus est celui qui revivifie cet enfant prêt à se relancer dans la vie (s'il le faut, 70 fois 7 fois (ce qui à la manière de la Bible signifie indéfiniment) !). Jésus, en moi, réveille cet "enfant de lumière" qui garde encore un tout petit désir, de retrouver de la paix, de la joie, du rire, de la confiance. Cet "enfant de lumière", relevé en nous par Jésus, accepte de montrer ses plaies au Dieu de miséricorde, dans son Esprit consolateur. Jésus, "doux et humble de cœur", peut faire cela en nous. Cet "enfant de lumière" devine peu à peu quel est son incroyable dignité...car oui, Dieu lui-même s'est "déplacé" jusqu'à lui, et jusqu'à se sacrifier pour lui, pour lui personnellement, pour chacun de nous. Cet "enfant de lumière", réveillé en nous autant qu'il le faut, peut croître, se développer en même temps que croît et que se développe Jésus : c'est un chemin de croissance pour chacun et pour nous collectivement, en Eglise.

    Voilà qui est à la fois beau et fragile !... Ce qui est beau et précieux est souvent très fragile !...

    ...Un verre de cristal qu'on manipule avec délicatesse, des pétales de fleurs qu'on ose à peine toucher, un tableau d'artiste qui craint la lumière trop vive des flashs, des semences minuscules et puissantes, qu'on pourrait broyer sous nos pieds...

    Ainsi, de manière surprenante, Dieu s'est dévoilé d'abord comme un tout petit enfant, semblable à nous, tel que nous l'avons été dans les premiers jours de notre vie. Pour ne point nous effrayer, Dieu s'est mis à notre hauteur, et même à hauteur d'enfant !

    Dieu s'est fait l'un de nous ! Nous voici tous marqués par sa présence ! Même si nous peinons parfois à le réaliser, chacun de nous est sacré ! Chacun est ainsi revêtu d'une immense dignité. Que chacun puisse se souvenir aujourd'hui de cela, c'est une source jaillissante en laquelle chacun peut puiser au fond de lui-même, plus encore quand il n'y croit plus ! Ou quand l'entourage lui a fait croire le contraire...

    ...Personne n'est "moins que rien" même en dépit de ses actes tâtonnants, ses échecs, ses maladresses, ou ses péchés. Chacun est "infiniment plus que rien" !

    Dieu, en Jésus son Fils, est venu nous le souffler. D'un souffle fragile, presque imperceptible, et néanmoins puissant, celui d'un enfant.

    Père Marc Hauessler

    Homélie du lundi 25 décembre 2017 à Laneuveville.