Paroisses Nancy-Sud

L'église d'Heillecourt

Heillecourt

L'église d'Heillecourt est l'église des Saints Anges Gardiens, fêtés le 02 octobre.

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Voici l'histoire de l'église, par M. Hubert Labriet.

 

Il faut évoquer  deux églises successives.

La ''vieille église''

Henri LEPAGE(1) en 1843 nous signale  que la ''vieille église" passe pour avoir été construite au XIVe ou XVe siècle ; alors que dans sa monographie, l’instituteur JOSEPH nous informe qu’elle date du XIIIe siècle et précise qu’elle est de style gothique. Sa nef aurait été détruite par les Suédois  puis  rebâtie vaille que vaille sans style. C’est édifice est dédié à Saint Martin. Elle sera embellie par un ministre des ducs de Lorraine en ajoutant en 1604 la chapelle de l’Annonciation dont les vitraux étaient décorés aux armes de la famille BOUVET. Cet auteur nous signale un ultime agrandissement de la nef au début du XIXe siècle, aux dépens de la chapelle castrale, partie la plus ancienne du bâtiment. Nicolas DURIVAL (2) dans son ouvrage ‘Description de la Lorraine et du Barrois’, édité en 1779, nous décrit ''l’église est petite, ancienne, voûtée en partie. Dans la tour il y a une cloche fort usée, faite par TOUTAIN en 1413 ... On voit dans le pavé d’anciennes inscriptions gothiques fort usées.''

Dans un extrait du registre des délibérations de la municipalité, daté du 6 février 1791, nous apprenons que cette cure est l’une des plus ancienne du pays. On en juge par une des cloches de l’église qui est du XIIe siècle.

Si à la lecture de ces informations, on peut avancer l’hypothèse de son existence à l’époque du duc FERRY III (3), mais avec toutes ces données, il apparaît bien difficile de trouver la bonne période. Aujourd’hui, 2013, seul reste son portail gothique de l’entrée. Il est reconstruit à côté de l’église actuelle, et sert d’accès piétonnier au parking.

Dès le XVe siècle, Heillecourt est le chef-lieu d’une paroisse très étendue. Elle comprend La Malgrange, Jarville, Fléville et la cense (4) de Frocourt. Sa superficie n’est pas sans générer des problèmes. Par exemple, en 1632, le curé se plaint à l’évêque de Toul de ce que les habitants de Jarville négligent de se rendre aux offices dans l’église paroissiale de Heillecourt (église mère). Il obtint gain de cause car l’évêque, Monseigneur de GOURNAY, menace d’interdit personnel et de privatisation de sépulture en terre chrétienne les paroissiens qui n’assisteraient pas à la messe paroissiale trois dimanches consécutifs ou qui n’enverraient pas leurs enfants au catéchisme. Nous savons, également, qu’au moment de la Révolution, les revenus attachés à la cure en faisait une paroisse recherchée presque à l’égale d’une paroisse nancéienne. La cure de Heillecourt est d’un revenu considérable dit l’official de Toul dans son monitoire daté du 22 octobre 1776. L’abbé du moment est de BARANGER, docteur en théologie, professeur à l’université de Nancy.

Stanislas LESZCZYNSKI (5) par préférence séjourne à Lunéville. Mais vient de temps à autre dans son château de La Malgrange. Là, il lui arrive de se rendre à l’église paroissiale. Notre secrétaire ducal consigne dans son ouvrage rappelé ci-dessus, que l’on se souvient avec attendrissement d’avoir vu le feu roi de Pologne porter le dais à la procession de Heillecourt. Le duc offrit des ornements d’Eglise et un dais en soie verte. Ce dernier devenu vieux et hors d’usage, ces respectables débris sont vendus en 1832 au profit du Conseil de la Fabrique (6). Stanislas fonde une rente perpétuelle de cent livres de France en faveur des pauvres de la paroisse.

Le 6 mars 1790, le curé de Heillecourt, Sébastien DROUVILLE, remet une déclaration de bien fonds en sa possession, qui fut certifiée le lendemain par les officiers municipaux. Ce même curé célébra, à Heillecourt, la messe solennelle précédant la cérémonie de prestation du serment à LOUIS XVI et à la Nation le 14 juillet 1790 (fête de la Fédération). Le 15 novembre de cette année, il prête serment à la Constitution devant l’assemblée de la commune. Sur invitation du Directoire de Nancy, le 6 février 1791, une délibération du conseil municipal a pour objet : « le redécoupage des circonscriptions ecclésiastiques et la formation des nouvelles paroisses ». La municipalité heillecourtoise insiste pour garder son entité en s’appuyant sur un droit ‘dit de rapportage’. Les suggestions du rapport n’ont pas été entendues.

En 1802, la paroisse est érigée en succursale avec Jarville pour annexe.

Le 21 mars 1844, par ordonnance royale, Jarville est séparée de la paroisse de Heillecourt pour être rattachée à Bonsecours.

Le 18 novembre 1867, par ordonnance de l’évêque, l’écart de Vandoeuvre dit de la Brigade (emplacement de l’actuel marché de gros) fait parti de notre paroisse.

Mais la vieille église vit sa dernière décennie au milieu du cimetière. Elle est frappée de vétusté. Une nouvelle se dressera sous l’impulsion du curé SIMMERMANN.

L’église d’aujourd’hui

En effet, le conseil municipal conscient de l’état de délabrement de l’église, vote la somme de 4 000 F pour entreprendre les travaux de réparation qui s’imposent. Au vu du mauvais état de l’édifice, de l’impossibilité qu’il y a de réparer sans frais, bientôt la décision est prise d’en construire une autre plus spacieuse et plus convenable.

Les plans et devis sont établis par l’architecte VAUTRIN en date du 25 avril 1876.
 Le 14 mai 1876, le Conseil de Fabrique de la paroisse, suite au désir général des paroissiens, décide à l'unanimité la construction de la nouvelle église. Par les souscriptions généreuses des particuliers, ainsi que par des dons faits par des étrangers, il dispose de seize mille francs. Le conseil municipal lui apportte son appui et quatre mille francs.

En conséquence, toutes les démarches sont entreprises auprès de l’administration départementale et du gouvernement pour obtenir le supplément de la somme que comporte le devis. Le 20 mai 1876, le conseil municipal consent à faire l’acquisition au nom de la commune, des parcelles de terrains destinées à la construction de la nouvelle église, d’autant plus que monsieur le curé s’engage à payer. Le 24 septembre de cette année, le Conseil de Fabrique achète les parcelles de jardins de deux habitants. Cette dépense sera couverte par les quêtes.

L’église est  sous la première année du pontificat du pape Léon XIII. Ce mercredi 2 octobre 1878, le nouvel édifice est placé sous le vocable spécial des Saints Anges Gardiens.

A cette cérémonie étaient présents Monseigneur Joseph Alfred FOULON, évêque de Nancy et de Toul, ainsi que monsieur l’abbé VINCENT, curé de Saint Sébastien, qui a célébré le Saint Sacrifice sur l’autel, dans lequel ont été déposées les reliques des saints martyrs Laurent, Victor et Boniface. Soixante ecclésiastiques du clergé tant séculier que régulier rehaussaient l’éclat de cette cérémonie. Les paroissiens se sont mis en fête ce jour là, heureux de montrer à Monseigneur la joie qu’ils ressentaient de sa visite bienveillante, de témoigner aussi de leur reconnaissance à Dieu et à leur curé pour ce don si précieux d’une église.

Il faut souligner tous les efforts de l’abbé SIMMERMANN durant trois années pour trouver les ressources nécessaires tant en France, en Belgique et en Italie, et sans oublier sa surveillance méticuleuse des travaux. La part des donateurs s’éleva à la somme de 60 000 F.

Le 20 avril 1879, dimanche de Quasimodo, le Conseil de Fabrique est réuni au presbytère en séance ordinaire. Il a été constaté que tous les frais relatifs à la construction et à l’ameublement de l’église et de la sacristie ont été couverts.

Des souvenirs de l’ancienne église, comme évoqué plus haut, nous possédons le portail dont le tympan représente  un agneau couché sur un livre fermé par sept sceaux. Il y a également une statue de la Vierge en bois polychrome datant du XVIIIe siècle, et le chemin de croix. Celui-ci fit l’objet d’une demande d’autorisation d’ériger de nouveau notre ancien chemin de croix dans notre nouvelle église..., à l’évêque, le 7 mars 1879. ( n'existe plus )

Il faut également évoquer les cloches. Ces dernières ont leur histoire propre, parfois gravée dans le bronze. La plus ancienne, fondue en 1482, à Saint Dizier (7) s’est fendue en 1833. Elle pesait 492 livres net de métal au moment de sa refonte. Le 27 juillet 1834 les trois cloches quittent la fonderie du sieur THUILLIE pour Heillecourt. Elles seront transférées dans le nouveau clocher.

Sur celles-ci l’inscription commune est « à la gloire de Dieu l’an 1834, j’ai été bénie par M. MICHEL, curé de la cathédrale de Nancy, assisté de M. PIERRE, curé de Saint Pierre et M. MARCHAL, curé de Heillecourt. Sous M. J.H. Constantin BERSON, maire d’Heillecourt et de M. ROUGELIN , maire de Jarville. »

S’y ajoute :
 sur la plus grosse, "j’ai eu pour parrain Pierre Sigisbert BOULANGER, commandant du génie à Nancy, chevalier de la Légion d’Honneur, et pour marraine, Mme Marguerite Eulalie MARCHAL, épouse de M. Boulanger."

sur la moyenne : "j’ai eu pour parrain M. THUILLE Jacques François, propriétaire à Nancy et pour marraine Isabelle Hélène Charlotte née Thuillé, épouse de M. PEFFER, négociant à Paris"

sur la petite, "j’ai eu pour parrain M. COLLENOUT, directeur de la poste aux lettres à Nancy, et pour marraine, Mme DOMERGUE."

                                                                                                 Hubert LABRIET 26 janvier 2007

’Heillecourt toute une histoire’ éditée à l’occasion du centenaire de l’église en 1978 et  Monographie communale réalisée par l’instituteur Joseph Nicolas JACQUES, 1888

  1. .Département de la Meurthe, statistique historique et administrative, Nancy, 1843
  2. .Secrétaire de Stanislas puis sera lieutenant de police de Nancy. Il a résidé en notre commune avec ses frères Jean et Claude, à ce 
qui correspond aujourd’hui au n° 74 de la Grande Rue
  3. .Ferry III duc de Lorraine : 1251 - 1303
  4. .Domaine agricole loué à bail dont l’exploitant, métayer, s’engage à le cultiver et à donner une partie des récoltes au propriétaire
  5. .Duc de Lorraine et Barrois : 30 septembre 1736, il renonce à toute ingérence politique dans son pays d’origine ; 3 avril 1737, il 
entre à Lunéville, le 23 février 1766, il meurt des suites de ses brûlures.
  6. .Conseil paroissial
  7. .A cette époque, c’est un village nancéien aujourd’hui disparu dont il restait plus que trois maisons. Il correspond à l’actuel fau- 
bourg des ‘Trois Maisons’

Nota bene

J’ai un regard particulier sur le tympan du portail de cette église. Je suis interpellé par sa représentation : un agneau couché sur un livre fermé par sept sceaux.

Pourquoi cette réalisation ? Qui est à cette origine ? Quel message laissé ? Y a t-il une relation avec les six piliers supportant la voûte ?

LES SAINTS  ANGES GARDIENS

Saint Bernard avait une grande dévotion « pour ces princes du Royaume de Dieu qui sont assidûment autour de nous. Nous leur devons beaucoup d’affection pour leur bienveillance et les faveurs que nous recevons de leur charité. Nous leur devons aussi beaucoup de docilité à mettre en pratique les avis qu’ils nous donnent. » Sermon 11 sur les psaumes.

Le Pape Paul V, en 1608, établira cette fête en leur honneur. Nous fêtons cette fête les Saints Anges Gardiens depuis 1670, date à laquelle le Pape Clément X a étendu cette fête à l’Eglise Universelle : «  leur présence invisible nous aide et nous réconforte car ils sont à nos côtés pour nous protéger en toute circonstance, pour nous défendre des dangers. A tout instant nous pouvons recourir à eux ».

« De nombreux saints ont été dans l’amitié des Anges, ce dont témoignent les nombreuses situations où ils ont reçu leur aide. Ces esprits bienheureux sont envoyés par Dieu pour servir qui héritera du salut, ainsi que le rappelle l’épître aux Hébreux. Leur aide est donc précieuse tout au long de notre pèlerinage terrestre vers la patrie céleste » Benoît XVI (source : VIS 080929).

Mémoire des Saints Anges Gardiens :

Appelés d’abord à contempler dans sa splendeur la face de Dieu, ils sont aussi mis par le Seigneur au Service des hommes, pour être à leurs côtés et veiller sur eux d’une manière invisible et très attentive. 

La bible mentionne 370 fois les créatures célestes dans les termes d’anges, archange, séraphins, chérubins. Un ange est un envoyé, un messager. Hébreux 1.14 nous dit que « les anges sont des esprits administrateurs envoyés par Dieu pour servir en faveur de ceux qui vont hériter du salut ».

Pourrions-nous ne pas être intéressés par ces créatures puissantes qui accomplissent, sur les ordres de Dieu, un service en notre faveur ?