Eclaireurs de l’humanité à la suite du Seigneur Jésus
Éclaireurs de l’humanité à la suite du Seigneur Jésus
Cela vaut la peine de relire la plus grande partie de la deuxième lecture de ce dimanche : « Paul… et Sosthène… à ceux qui ont été sanctifiés dans le Christ Jésus et sont appelés à être saints avec tous ceux qui, en tout lieu, invoquent le nom de notre Seigneur Jésus Christ, leur Seigneur et le nôtre. » N’y a-t-il pas là comme une définition qui peut nourrir notre vocation chrétienne et notre prière pour l’unité visible des chrétiens ?
Les chrétiens, qu’ils soient catholiques latins, catholiques orientaux, orthodoxes grecs ou slaves, arméniens apostoliques, coptes, anglicans, luthériens, réformés, baptistes, pentecôtistes, mennonites, etc. ne sont-ils pas tout bonnement « ceux qui ont été sanctifiés dans le Christ Jésus ET sont appelés à être saints » ? Nous avons besoin de tenir les deux ensemble pour nous garder de ce que le pape François avait appelé les « deux ennemis subtils de la sainteté » (Gaudete et exsultate, chap. II) : le pélagianisme et le gnosticisme, autrement dit la sainteté par l’effort seul et par la connaissance seule.
Sont chrétiens ceux qui ont été déjà sanctifiés dans le Christ Jésus, ceux qui ont déjà été mis en contact vivant et vivifiant avec le Fils Unique de Dieu, lui que Jean le Baptiste appelle « l’Agneau de Dieu, qui enlève le péché du monde ».
À notre initiative, ou plus souvent grâce à nos parents, le Seigneur nous a attirés à lui pour être baptisés de l’unique baptême pour le pardon des péchés, celui que nous confessons chaque dimanche dans le Credo. Déjà nous avons été lavés de nos péchés dans son Sang, déjà plongés dans l’Esprit Saint, déjà greffés sur le Christ, déjà adoptés comme fils et filles de Dieu.
C’est un don gratuit et sans retour que Dieu nous a déjà fait indépendamment de nos efforts et même de notre compréhension, voilà pourquoi la plupart des chrétiens offrent largement le baptême à tous, y compris aux bébés et aux personnes souffrant de handicap mental.
Dieu, l’Unique, le Père de notre Seigneur Jésus-Christ, nous aime d’un amour infini, inconditionnel, qui ne demande qu’à être accueilli. Le don de Dieu qui nous a déjà sanctifiés dans le Christ Jésus n’exige pas d’effort ou de connaissance préalable. Il n’y a pas à mériter le salut ou à l’arracher des mains d’un Dieu qui le retiendrait jalousement. Il faut seulement le recevoir, s’abandonner à l’amour immérité de Dieu, amour rendu visible dans le Christ, et se laisser attirer par lui.
Ce n’est pas de tout repos, c’est même, toujours selon le pape François, « l’ascèse la plus exigeante » (Desiderio desideravi n°6) ainsi que l’illustre l’absence dans notre assemblée de tant d’hommes et de femmes qui ont pourtant reçu le don gratuit du baptême. Car ce don est aussi en même temps un appel à être saint.
Sont chrétiens « ceux qui ont été sanctifiés dans le Christ Jésus ET sont appelés à être saints ». C’est comme si le Seigneur notre Dieu nous disait : « C’est trop peu que tu sois un receveur passif de ma grâce, de ma vie divine en toi. Je te veux acteur libre de mon dessein de salut pour toi et pour tous. Je veux que tu choisisses et rechoisisses sans cesse ce don qui t’a été fait. Je veux même que d’autres vivent de ma vie grâce à toi, que tu sois père et mère, par la chair ou par l’esprit, de nombreux enfants. »
Être chrétien, ce n’est pas une affaire de simple connaissance : « Je sais que j’ai été sauvé par Jésus. N’en parlons plus et passons aux choses sérieuses. » Les chrétiens ne mettent pas leur foi dans un message, ni dans un livre ; ils se sont attachés à une personne vivante, le Christ Jésus, le Seigneur. Ils se mettent en marche chaque jour pour suivre l’Agneau partout où il va (cf. Ap 14,4).
Suivre l’Agneau, c’est aimer comme il aime, concrètement, souvent discrètement, parfois héroïquement. Choisir Dieu même lorsque tout nous éloigne de lui. Choisir le pardon, le service, la justice, la paix et la joie, même lorsque nous sommes tentés par une voie plus facile.
Il est difficile d’annoncer l’Évangile du Christ à un monde qui croit ne pas avoir besoin d’être sauvé de son péché, et surtout pas par seule grâce de Dieu. C’est pourtant notre vocation.
Nous, l’Église du Christ sur terre, sommes un peuple saint composé de pécheurs appelés à être saints, c’est-à-dire à être semblables à Dieu lui-même. La sainteté qui rend comme Dieu n’est pas réservée à une élite de mystiques. C’est la vocation de toute personne humaine sans exception, ainsi que l’a rappelé le Concile Vatican II : « la vocation dernière de l’homme est réellement unique, à savoir divine » (Gaudium et Spes n°22.5). Cela ne veut pas dire que tous répondront à cette vocation universelle, car nul n’est sauvé contre sa volonté.
Toute personne humaine est faite pour la communion avec Dieu, par son Fils, dans l’Esprit. Nous chrétiens sommes ceux qui vivent déjà cette communion. Le principal élément du culte que nous rendons à Dieu porte d’ailleurs ce beau nom de communion. Nous sommes les éclaireurs de l’humanité, ceux qui marchent, à la suite du Seigneur Jésus, en avant des autres hommes, vers le but auquel tous sont appelés.
Aujourd’hui, renouvelons notre résolution de suivre le Seigneur Jésus jour après jour, dans la prière et l’adoration, dans la conversion personnelle et communautaire, dans le témoignage en paroles et en actes, dans l’humble service quotidien où s’exercent la foi, l’espérance et la charité. C’est la contribution la plus précieuse que nous puissions offrir à l’unité visible des disciples du Christ, et à l’humanité entière qu’il attire à lui.
Père Alexandre-Marie Valder