Une alliance meilleure, reposant sur de meilleurs promesses (cf. He 8,6)

Une alliance meilleure, reposant sur de meilleurs promesses (cf. He 8,6)

Une alliance meilleure, reposant sur de meilleures promesses (cf. He 8,6)

« Je vous le dis en effet : Si votre justice ne surpasse pas celle des scribes et des pharisiens, vous n’entrerez pas dans le royaume des Cieux. » Je débute cette méditation par un témoignage personnel. Il y a encore quelques années, cette affirmation du Seigneur Jésus et d’autres du même genre m’inspiraient un mélange d’inquiétude et de colère.

Elle est quand même forte celle-là ! Alors la vie selon l’Évangile, ce serait de porter un fardeau encore plus contraignant que les six cent treize préceptes de la Loi de Moïse. À ce prix-là, le Seigneur aurait mieux fait de ne pas venir.

L’alternative que m’offraient nombre de chrétiens ne me plaisait pas davantage. Sous prétexte que Jésus avait aboli la Loi de Moïse – alors qu’il dit précisément le contraire ! – je les voyais mener une existence embourgeoisée, pas fondamentalement différente de celle qu’ils auraient eue sans Jésus.

Même si je ne prétends pas avoir résolu ce problème, je crois avoir avancé.

Les dix commandements donnés à Moïse sont la charte fondamentale du peuple d’Israël. Ils restent valables pour nous chrétiens, héritiers de la promesse faite à Abraham et à sa descendance, et s’accordent aux préceptes de la conscience qui parle au cœur de chaque personne.

Or nos frères juifs sont sensibles au fait que le don gratuit de Dieu précède toujours la réponse de l’homme. C’est pourquoi les dix commandements débutent par ces mots : « Je suis le Seigneur ton Dieu, qui t’ai fait sortir du pays d’Égypte, de la maison d’esclavage. » C’est parce que le Seigneur est le Dieu de ce peuple et qu’il l’a avant toute chose libéré de la servitude que le peuple peut répondre par une vie conforme à la volonté divine.

Le don de la Loi fait d’ailleurs l’objet d’une fête, Chavouot, la Pentecôte juive. Que le Seigneur soit, qu’il se fasse connaître, qu’il adresse la parole à son peuple et lui montre le chemin de la vraie vie, c’est déjà un cadeau. La justice, c’est-à-dire la réponse ajustée à ce cadeau gratuit du Seigneur, pour le Juif pieux, scribe ou pharisien, c’est d’observer les commandements afin de demeurer et de croître dans la relation avec le Seigneur.

Observer les commandements, cela suppose d’être libre de choisir le bien. C’est l’objet de la première lecture de ce jour. « Si tu le veux, tu peux observer les commandements, il dépend de ton choix de rester fidèle. Le Seigneur a mis devant toi l’eau et le feu : étends la main vers ce que tu préfères. »

Ce n’est pas anodin d’affirmer que la personne humaine est libre devant Dieu. Le monde hellénistique était très marqué par le tragique et la fatalité : les mortels sont le jouet des dieux et ne peuvent échapper à leur destinée en dépit de leurs efforts. Dans les cultures babyloniennes, le mal fait partie de la nature humaine. Ce pessimisme court tout au long de l’histoire. Le dieu du Coran est à l’origine du bien et du mal, et il prédestine nombre d’hommes et de femmes à l’enfer. Parmi les réformateurs du XVIe siècle, certains comme Calvin en disaient autant, comme les jansénistes du siècle suivant. Et il y aurait des exemples contemporains dans les idéologiques marxistes ou woke. Juifs et chrétiens affirment au contraire que chacun peut choisir l’eau ou le feu, la vie ou la mort, le royaume ou la géhenne de feu.

 « Je vous le dis en effet : Si votre justice ne surpasse pas celle des scribes et des pharisiens, vous n’entrerez pas dans le royaume des Cieux. » Le don gratuit de Dieu précède toujours la réponse de la justice humaine ; quel est le don qui nous a été fait ?

À Israël, le Seigneur a promis une terre. À nous, il promet le royaume. Par Jésus le Christ, Dieu le Seigneur se révèle comme un Père infiniment bon. Pour lui, chaque personne est unique et précieuse comme l’est un enfant aux yeux de ses parents. Notre Père nous aime, nous parle et nous promet la vie éternelle, une communion avec lui qui surpasse tout ce que projettent les religions du monde. Par contraste, on comprend l’horreur que représente la condition des créatures qui se soustraient à cette communion et choisissent la damnation éternelle, la géhenne de feu, l’enfer.

À Israël, le Seigneur a donné la libération de l’esclavage. Par son incarnation, sa vie, sa mort et sa résurrection, le Seigneur Jésus a fait bien davantage pour nous. Sur le bois de la croix, l’Agneau de Dieu a porté et enlevé tous nos péchés. Le pardon absolu et gratuit est accordé à qui le reçoit. Aujourd’hui encore, le Seigneur ressuscité ne cesse d’offrir encore et toujours le pardon lorsque notre liberté blessée défaille, lorsque nous manquons à notre vocation par le péché. Toujours, toujours.

À Israël, le Seigneur a fait le don de la Loi afin que chacun puisse lui répondre par la justice de sa vie. À nous, le Christ ressuscité a fait le don de son propre Esprit, l’Esprit Saint qui œuvre au plus intime de nous pour que nous soyons intérieurement justes, ajustés à la volonté de Dieu.

 Frères et sœurs, mettons notre foi et notre espérance dans ces dons et ces promesses qui nous sont faits. Invoquons l’Esprit Saint afin qu’il soit à l’œuvre en nous durant le carême qui va s’ouvrir. Qu’il nous travaille intérieurement et fasse de nous des hommes et des femmes ajustés à la volonté d’amour de notre Père, suivant le Seigneur Jésus sur le chemin qui mène au royaume des Cieux.