Jeudi Saint, Joie de passer, joie de recevoir et joie de se donner
Joie de passer, joie de recevoir et joie de se donner
« J’ai désiré d’un grand désir manger cette Pâque avec vous avant de souffrir ! », déclare le Seigneur Jésus à ses disciples dans l’Évangile selon S. Luc au moment de s’asseoir à table avec eux. Demain, le Christ va souffrir. Il le sait et il l’accepte. Ce soir toutefois, l’heure est à la fête et il se réjouit de célébrer le repas de la Pâque avec ses amis.
« Avant la fête de la Pâque, sachant que l’heure était venue pour lui de passer de ce monde à son Père, Jésus, ayant aimé les siens qui étaient dans le monde, les aima jusqu’au bout. »
Ce soir, le Seigneur Jésus est dans la joie de passer de ce monde à son Père, d’accomplir ce pour quoi il a été envoyé dans le monde. Sa mission, même si elle devra passer par la souffrance et par la mort, le remplit de joie, car c’est pour cela qu’il est venu. « Moi, je suis venu pour que les brebis aient la vie, la vie en abondance. Moi, je suis le bon pasteur, le vrai berger, qui donne sa vie pour ses brebis. »
Ce soir, le Seigneur Jésus est dans la joie de se mettre au service de ses disciples. À genoux devant eux, il accomplit pour eux le travail du serviteur et de l’esclave en leur lavant les pieds. Pour nous chrétiens, qui reconnaissons en Jésus notre Dieu, c’est un geste bouleversant. Dieu lui-même se met au service de ses créatures. Par la parole et par l’exemple, il nous enseigne qu’aucun travail n’est indigne de l’être humain, pourvu qu’il soit accompli par amour et avec amour.
Nous avons aussi lu les mots de Paul : « Frères, moi, Paul, j’ai moi-même reçu ce qui vient du Seigneur, et je vous l’ai transmis : la nuit où il était livré, le Seigneur Jésus prit du pain, puis, ayant rendu grâce, il le rompit, et dit : Ceci est mon corps, qui est pour vous. Faites cela en mémoire de moi. Après le repas, il fit de même avec la coupe, en disant : Cette coupe est la nouvelle Alliance en mon sang. Chaque fois que vous en boirez, faites cela en mémoire de moi. »
Ce soir, le Seigneur Jésus est dans la joie de fonder l’Alliance nouvelle et éternelle. Alors qu’il va mourir demain, il institue deux choses qui dureront jusqu’à la fin des temps : l’Eucharistie et le sacerdoce des prêtres.
Ce soir, le Seigneur Jésus est dans la joie de contempler les innombrables frères et sœurs de tous les âges, de tous les pays, de toutes les langues, qui, au long des siècles, vont revivre ce qu’il est en train de faire pour la première fois. Chaque jour depuis deux mille ans, partout dans le monde, les chrétiens rassemblés et consacrés par l’Esprit Saint offrent au Père le pain et le vin devenus corps et sang du Christ, puis ils y communient.
À ceux qui vont communier ce soir, et à ceux qui s’y préparent, je dis avec le pape François que le Seigneur Jésus désire d’un grand désir s’unir à chacun de nous. « Vraiment, toute réception de la communion au Corps et au Sang du Christ a déjà été désirée par Lui lors de la Dernière Cène. »
Ce soir, le Seigneur Jésus est dans la joie en pensant à Paul. Bien que Paul ne connaisse pas encore Jésus, lui, Jésus, connaît déjà Paul. Il connaît Paul comme il connaît tous ceux qui hier, aujourd’hui et demain parleront à leurs frères et sœurs en disant : « J’ai moi-même reçu ce qui vient du Seigneur, et je vous l’ai transmis. » ; les évêques et les prêtres consacrés par l’Esprit Saint pour servir au nom de Jésus, pour offrir la Parole et les sacrements de l’Alliance nouvelle et éternelle, pour baptiser, pardonner les péchés et célébrer l’Eucharistie. Il connaît aussi ceux dans notre assemblée — et il y en a ! — qui entendent ou entendront l’appel au ministère de prêtre en donnant leur vie pour le Père et leurs frères et sœurs, comme le Seigneur Jésus.
Frères et sœurs, j’ai moi-même reçu ce qui vient du Seigneur et je vous l’ai transmis : lui, notre Seigneur et notre Dieu, se donne à nous ce soir ; il nous aime jusqu’au bout. Tout ce qui nous est demandé — et c’est difficile ! — est « de nous abandonner à son amour, de nous laisser attirer par lui. »
La messe de ce soir, plus encore qu’aucune autre, nous redit que nous ne sommes pas d’abord des héros qui accomplissons des exploits pour Dieu, mais des fils et des filles qui accueillons son amour, qui nous laissons servir et sauver par lui. Faisons la joie de notre Dieu en reconnaissant et en accueillant les dons qu’il nous fait.
« Comment rendrai-je au Seigneur tout le bien qu’il m’a fait ? J’élèverai la coupe du salut, j’invoquerai le nom du Seigneur… Je t’offrirai le sacrifice d’action de grâce, j’invoquerai le nom du Seigneur. »
Père Alexandre-Marie Valder