Joie pour les anges ! Joie pour la terre ! Joie pour l’Église !

Joie pour les anges ! Joie pour la terre ! Joie pour l’Église !

Joie pour les anges ! Joie pour la terre ! Joie pour l’Église !

« Les étoiles brillent, joyeuses, à leur poste de veille ; [le Seigneur] les appelle, et elles répondent : “Nous voici !” Elles brillent avec joie pour celui qui les a faites. »

Les étoiles sont joyeuses d’être à leur place et de faire ce pour quoi elles ont été créées. À l’inverse, pourquoi ne pas voir dans le tremblement de terre dont parle l’Évangile comme la manifestation du malaise, de la nausée de la terre qui se rebelle et se soulève, car les hommes lui ont imposé quelque chose de contre-nature : retenir en elle le corps mort du Dieu Vivant ?

Un souffle de joie traverse les textes de cette Vigile de Pâques.

Dès les premières pages de la Bible, les créatures se réjouissent d’advenir à l’être, et le Créateur lui-même trouve sa joie en elles en voyant que tout cela est bon. Il va même consacrer le septième jour au repos, à la contemplation, à la joie de laisser être ce qu’il a créé.

Malheureusement, la création s’est éloignée de son Créateur. L’homme avait été établi intendant et gardien de la création et, en se détournant de Dieu, il a entraîné avec lui tout ce qui était placé sous sa responsabilité. Dès lors, écrit saint Paul aux Romains, « la création attend avec impatience la révélation des fils de Dieu. Car la création a été soumise au pouvoir du néant, non pas de son plein gré, mais à cause de celui qui l’a livrée à ce pouvoir. Pourtant, elle a gardé l’espérance d’être, elle aussi, libérée de l’esclavage de la dégradation, pour connaître la liberté de la gloire donnée aux enfants de Dieu. Nous le savons bien, la création tout entière gémit, elle passe par les douleurs d’un enfantement qui dure encore. »

Cet enfantement qui dure encore est un long processus que résument les sept lectures de l’Ancien Testament — nous n’en avons lu que quatre ce soir.

En appelant Abraham, Isaac et Jacob, puis en libérant leurs descendants esclaves en Egypte, en leur donnant une Loi, une Terre et un Temple, Dieu s’est donné un peuple, le peuple d’Israël, un peuple qui connaîtrait ce qui plaît à Dieu, et qui trouverait sa joie à le pratiquer : « Heureux sommes-nous, Israël ! Car ce qui plaît à Dieu, nous le connaissons. » Dans ses fêtes, Pessah, Soukkôt et Shavouôt, le peuple juif célèbre la libération, la fidélité de Dieu à sa promesse, la prévenance de sa tendresse et le don de sa sagesse.

Au long des siècles, comme en une lente gestation, Dieu a façonné le corps de l’humanité nouvelle.

Pour nous, disciples du Christ Jésus, tout cela s’est accompli dans l’événement décisif que nous célébrons ce soir : la Résurrection du Seigneur Jésus. Saint Paul parle de Jésus comme de la Tête du Corps dont nous sommes les membres. Ainsi, si nous poursuivons avec l’image de l’enfantement, nous pouvons dire que ce que nous célébrons cette nuit, c’est l’entrée de la Tête dans la vie nouvelle. Comment le reste du Corps ne finirait-il pas par suivre ?

Voilà pourquoi j’ai pu chanter il y a quelques minutes : « Exultez dans le ciel, multitude des anges ! […] Que la terre, elle aussi, soit heureuse […] illuminée de la splendeur du Roi éternel, qu’elle voie s’en aller l’obscurité qui recouvrait le monde entier ! Réjouis-toi, Église notre mère, parée d’une lumière si éclatante ! »

Exultent les anges, la terre et l’Église, le peuple de ceux qui connaissent le Père, le Fils et l’Esprit Saint, le peuple de ceux qui ont été baptisés, plongés dans la communion d’amour des Trois Personnes, le peuple qui réjouit la création en la rendant à Dieu pour qui elle est faite.

Joie pour les créatures, car elles servent à la rencontre entre Dieu et l’homme.
Joie pour la lumière, car elle représente le Christ qui dissipe les ténèbres.
Joie pour la nuit, car elle met en valeur la lumière qui resplendit aujourd’hui.
Joie pour la pierre qui a roulé pour laisser sortir le Vivant de son tombeau et pour les pierres de nos églises où nous célébrons sa Résurrection.
Joie pour les arbres et les plantes dont les rameaux ont servi à acclamer le Roi des rois, dont le bois a porté sur la croix le Sauveur du monde, dont les fibres ont enveloppé son corps dans la tombe, dont l’encens rehausse nos fêtes.
Joie pour les animaux, l’agneau qui préfigurait le sacrifice du Fils de Dieu, l’abeille dont la cire participe à éclairer notre assemblée.
Joie pour le feu allumé et béni comme feu nouveau de Pâques. Joie pour l’eau, créée et bénie pour que les hommes et les femmes y renaissent dans le baptême. Joie pour l’huile créée et consacrée pour que les hommes et les femmes en reçoivent l’onction de la confirmation. Joie pour le pain et le vin dont la visée ultime est de devenir Corps et Sang du Christ pour notre salut.
Joie pour le temps, devenu histoire sainte, histoire du salut, qui s’ouvre sur l’éternité. Joie pour la mort elle-même, qui était un châtiment et un source d’angoisse, et qui est devenue un passage de ce monde vers le Père.
Joie pour les hommes et les femmes mortels, car, par les sacrements de Pâques, ils sont rendus à la vie éternelle en vue de laquelle ils ont été créés, cette vie nouvelle dont parle saint Paul : « Si donc, par le baptême qui nous unit à  [la] mort du Christ Jésus, nous avons été mis au tombeau avec lui, c’est pour que nous menions une vie nouvelle, nous aussi, comme le Christ qui, par la toute-puissance du Père, est ressuscité d’entre les morts […]. Et si nous sommes passés par la mort avec le Christ, nous croyons que nous vivrons aussi avec lui. »
Joie pour nous, disciples du Christ Jésus qui croyons en l’amour infini et inconditionnel du Père manifesté en son Fils et répandu par l’Esprit Saint ;  nous qui, dès aujourd’hui, sommes plongés dans cet amour, consacrés par lui et qui nous en nourrissons ; nous qui avons à quitter nos tombeaux et à rendre témoignage de l’amour et de la vie nouvelle, comme les saintes femmes au tombeau : « Vite, allez dire à ses disciples : “Il est ressuscité d’entre les morts, et voici qu’il vous précède en Galilée” […] Vite, elles quittèrent le tombeau, remplies à la fois de crainte et d’une grande joie. »

Père Alexandre-Marie Valder