Du coeur aux mœurs et des mœurs au Ciel

Du coeur aux mœurs et des mœurs au Ciel

Du cœur aux mœurs et des mœurs au Ciel

Le pape François a consacré sa dernière encyclique Dilexit nos à l’amour humain et divin du cœur de Jésus-Christ. Le cœur, bien loin d’être seulement la caisse de résonance des émotions et des passions, à la remorque du cerveau, désigne le centre authentique de la personne, là où doit se faire l’unité de ce que je suis, là où s’accomplit la synthèse de tout ce que je vis et où JE prends les décisions dans lesquelles JE m’engage.

Le pape François écrit par exemple (n°13-14) : « Il faut que toutes les actions soient placées sous le “contrôle politique” du cœur, que l’agressivité et les désirs obsessionnels se calment dans le bien le plus grand que leur offre le cœur et dans sa force contre les maux ; il faut que l’intelligence et la volonté se mettent également à son service, en sentant et goûtant les vérités plutôt qu’en voulant les dominer comme certaines sciences ont tendance à le faire ; il faut que la volonté désire le bien le plus grand que le cœur connaît, et que l’imagination et les sentiments se laissent modérer par le battement du cœur. En définitive, on pourrait dire que je suis mon cœur, car c’est lui qui me distingue, me façonne dans mon identité spirituelle et me met en communion avec les autres. »

Ce détour par Dilexit nos nous fait ainsi entendre sans contresens la parole de saint Pierre dans la deuxième lecture : « Bien-aimés, honorez dans vos cœurs la sainteté du Seigneur, le Christ. »

Par le baptême, nous avons part à la sainteté du Seigneur, à ce qu’est Dieu en lui-même, lui qui est le seul Saint. Contrairement à ce que professe une certaine conception de la laïcité, cette sainteté n’est pas donnée pour rester bien sagement dans le secret du cœur sans se manifester à l’extérieur. Une fois baptisée, Julia va être ointe d’huile parfumée, revêtue de blanc, gratifiée de la lumière pascale et célébrée par le chant de l’Alléluia. Sa sainteté toute neuve se sent, se voit et s’entend. Il est impossible d’être chrétien à l’intérieur et païen à l’extérieur.

Puisque le cœur est le centre de la personne, le lieu d’où rayonne son identité profonde, alors honorer dans nos cœurs la sainteté du Seigneur, le Christ, c’est manifester notre baptême dans notre manière de vivre. Notre foi au Fils de Dieu né, mort et ressuscité dans la chair ne peut pas ne pas s’incarner dans nos mœurs, et c’est pourquoi il existe une morale évangélique. Du cœur aux mœurs.

 « Soyez prêts à tout moment à présenter une défense devant quiconque vous demande de rendre raison de l’espérance qui est en vous », poursuit saint Pierre dans la lecture. Quelle est notre espérance ? N’est-ce pas de voir un jour Dieu face à face ? N’est-ce pas le bonheur parfait d’être introduits en présence du Père, par la grâce du Fils, dans la communion de l’Esprit Saint ? Dimanche dernier, quelques étudiants ont découvert la figure inspirante de saint Pier Giorgio Frassati, « l’homme des huit béatitudes ». Ce passionné de montagne visait les sommets de la terre comme des anticipations du Ciel. Nous ne sommes pas créés pour barboter au niveau du sol, mais pour viser le Ciel.

C’est cette espérance née de la promesse de Dieu, et elle seule, qui justifie ce que la morale évangélique peut avoir d’austère et de rebutant. C’est pourquoi saint Pierre précise que les chrétiens ont à rendre raison de leur espérance « avec douceur et respect », comme des hommes et des femmes qui marchent vers les sommets sans se maltraiter ni maltraiter les autres, sans s’enorgueillir ni faire les fanfarons, mais sans non plus prétendre que la montagne n’existe pas ou qu’il ne vaut pas la peine d’en faire l’ascension. Le Ciel existe. Le chemin qui y mène est souvent malaisé, mais cela en vaut la peine. Du cœur aux mœurs et des mœurs au Ciel.

 Fort heureusement, nous ne sommes pas laissés seuls.

Dieu lui-même parle au cœur – encore le cœur – de toute personne humaine par la voix de sa conscience morale. Le Concile Vatican II enseigne que « cette voix, qui ne cesse de [la] presser d’aimer et d’accomplir le bien et d’éviter le mal, au moment opportun résonne dans l’intimité de son cœur : “Fais ceci, évite cela”. Car c’est une loi inscrite par Dieu au cœur de l’homme ; sa dignité est de lui obéir, et c’est elle qui le jugera. La conscience est le centre le plus secret de l’homme, le sanctuaire où il est seul avec Dieu et où sa voix se fait entendre (Gaudium et Spes n°16.1). »

Cependant, laissé à lui-même, l’homme, surtout lorsque la société l’y entraîne, peut aisément ignorer, étouffer, voire déformer la voix de sa conscience, jusqu’à se convaincre que ce qui est mal est bon, puisque c’est légal, et inversement.

Pour nous chrétiens, lorsque la marche vers le Ciel se fait pénible, lorsqu’il nous est amer de choisir le bien et de rejeter le mal dans un monde qui s’en rit, nous avons le secours des paroles du Seigneur Jésus : « Si vous m’aimez, vous garderez mes commandements. » Aujourd’hui encore, le Christ continue de montrer le chemin du Ciel lorsque l’Église ouvre les Écritures et enseigne le bien à accomplir et le mal à éviter. C’est encordés que nous entreprenons cette ascension.

Souvent aussi, celui qui envisage de se convertir à une vie plus droite se demande si cela en vaut vraiment la peine, si les péchés de sa vie passée n’ont pas déjà irrémédiablement mis à mal ses chances.

Les disciples du Christ affirment alors, comme le dit encore saint Pierre, que « le Christ… a souffert pour les péchés… lui, le juste, pour les injustes, afin de vous introduire devant Dieu ». Par la miséricorde donnée dans le baptême, redonnée dans le sacrement du pardon et tous les actes de la vie chrétienne, nous avons la certitude qu’aucun péché, absolument aucun, n’est impardonnable pour Dieu.

Frères et sœurs de cordée, appelons les uns sur les autres cet autre Défenseur que le Père nous donne à la prière de son Fils : l’Esprit de vérité, l’Esprit de consolation, l’Esprit de sainteté, lui qui demeure en nous depuis le jour de notre baptême afin que nous puissions, chaque jour, honorer dans notre cœur la sainteté du Seigneur, le Christ. À lui gloire et puissance pour les siècles des siècles. Amen.

Père Alexandre-Marie Valder