Le Seigneur, c’est lui notre Dieu

Le Seigneur, c’est lui notre Dieu

Le Seigneur, c’est lui notre Dieu

« Dieu a tellement aimé le monde qu’il a donné son Fils unique, afin que quiconque croit en lui ne se perde pas, mais obtienne la vie éternelle… Celui qui croit en lui échappe au Jugement ; celui qui ne croit pas est déjà jugé, du fait qu’il n’a pas cru au nom du Fils unique de Dieu. »

De quel nom est-il question ici ? Le Fils unique de Dieu fait homme a reçu le nom de Jésus, qui signifie « le Seigneur sauve ». Il nous est doux d’invoquer le nom de Jésus, le nom du Sauveur, seul ou bien enchâssé dans une invocation traditionnelle : « Marana tha, viens Seigneur Jésus », « Seigneur Jésus Christ, Fils de Dieu, aie pitié de moi pécheur », « Jésus, j’ai confiance en toi », sans oublier l’invocation du nom de Jésus au cœur de la prière du « Je vous salue Marie ».

 Le nom de Jésus signifie donc « le Seigneur sauve ». Mais, plus profondément encore – et c’est la spécificité de la foi chrétienne – Jésus est en personne le Seigneur qui sauve. Jésus EST le Seigneur. Il ne fait qu’Un avec ce Dieu qui, dans le buisson ardent, se présenta à Moïse comme le Seigneur, le Dieu des pères, d’Abraham, d’Isaac et de Jacob ; le même qui, sur la montagne du Sinaï, passa devant Moïse en proclamant son nom : « Le Seigneur, le Seigneur » ; le même que nous avons célébré en chantant « À toi, louange et gloire éternellement ! », puis « Alléluia ! », c’est-à-dire « Louez le Seigneur ! »

Croire au nom du Fils unique de Dieu, c’est croire que Jésus n’est pas le messager plus ou moins transparent du Seigneur ; il est en personne le Seigneur. Et cela, nous l’expérimentons à chaque page de l’Évangile, révolutionne complètement nos représentations de Dieu.

En effet, l’embryon qui mûrissait dans le sein de Marie à Nazareth révélait déjà le vrai visage de Dieu. De même de l’enfant qui naquit dans l’étable de Bethléem, et de l’adolescent qui grandissait dans l’anonymat dans la maison de Joseph le charpentier, et du marcheur infatigable qui arpentait les chemins de Galilée, de Samarie et de Judée, et du rabbin itinérant qui enseignait et guérissait, avertissait et consolait, avec force et tendresse, avec exigence et bonté, et de l’homme condamné, humilié et crucifié, et du ressuscité du matin de Pâques, et du roi des rois qui siège dans la gloire et qui gouverne l’Église et le monde, et du pain eucharistique exposé à l’adoration et à la communion, exposé aussi potentiellement à l’indifférence et au mépris.

Tout autre dieu que peuvent se forger les humains est une idole, quand bien même on l’appellerait du nom de « Dieu ». Ces idoles, le vrai Dieu offre de nous en libérer, lorsqu’il annonce par le prophète Ezekiel : « Je répandrai sur vous une eau pure et vous serez purifiés ; de toutes vos souillures, de toutes vos idoles, je vous purifierai. » C’est ce qu’accomplit le Seigneur dans le baptême : nous laver de tout ce qui nous sépare de lui. Et l’oracle d’Ezekiel de poursuivre : « Je vous donnerai un cœur nouveau, je mettrai en vous un esprit nouveau. »

 Nous croyons en l’Esprit Saint qui est Seigneur et qui donne la vie. L’Esprit Saint est Seigneur. Il est un seul Dieu avec le Père et le Fils. Il vit dans l’Église et la fait vivre. C’est par lui que l’Église que nous sommes est rendue capable de ce qui dépasse infiniment la nature humaine : aller dans toutes les nations, enseigner sans erreur la vérité au sujet de Dieu et au sujet de l’être humain – pensons à la toute récente encyclique « Magnifique Humanité » du pape Léon –, chasser les esprits mauvais, baptiser au nom du Père et du Fils et du Saint-Esprit pour le pardon des péchés, susciter des saints par milliers et faire entrer des hommes et des femmes pourtant pécheurs et mortels dans la vie qui ne connaît pas de fin.

C’est l’Esprit Saint, parce qu’il est Seigneur et qu’il donne la vie, parce qu’il vient du Père et qu’il est donné par le Fils, qui accomplit tout cela dans l’Église. Nous ne pouvons pas être chrétiens sans lui. En effet, être chrétien, ce n’est rien de moins que tendre vers la sainteté, c’est être déjà sanctifié et appelé à être saint, selon le mot de saint Paul (cf. 1Co 1,2). Ou bien, pour le dire avec les mots du pape François : « Le Seigneur demande tout ; et ce qu’il offre est la vraie vie, le bonheur pour lequel nous avons été créés. Il veut que nous soyons saints et il n’attend pas de nous que nous nous contentions d’une existence médiocre, édulcorée, sans consistance. » (Gaudete et exsultate n°1).

Sans l’Esprit Saint, nous pouvons être gentils. Sans l’Esprit Saint, nous pouvons être honnêtes et droits. Sans l’Esprit Saint, nous pouvons être des gens bien. Mais sans l’Esprit Saint, nous ne pouvons pas être chrétiens, nous ne pouvons pas réaliser et mettre en œuvre ce que nous avons reçu dans le baptême, nous ne pouvons pas être saints comme Dieu est saint (cf. Lv 11,45), nous ne pouvons pas vivre et aimer comme Dieu, nous ne pouvons pas obtenir la vie éternelle.

 Avec l’Esprit Saint, nous pouvons l’impossible.

Avec l’Esprit Saint, nous pouvons reconnaître en Jésus de Nazareth le Seigneur, le visage de la miséricorde du Père. Nous pouvons reconnaître dans l’Église composée de pécheurs la présence et l’action du Dieu Saint qui fait les saints. Nous-mêmes, malgré notre fragilité, nous pouvons accomplir le double commandement donné par le Seigneur Jésus : « Tu aimeras le Seigneur ton Dieu de tout ton cœur, de toute ton âme, de tout ton esprit et de toute ta force… Tu aimeras ton prochain comme toi-même. » Lorsque nous échouons à aimer à cause de nos péchés, nous pouvons, avec l’Esprit Saint, encore et toujours revenir vers le Seigneur, certains de trouver en lui un Père qui accueille et pardonne.

La première lecture de ce dimanche prend place à un moment que nous connaissons bien. Moïse avait reçu du Seigneur les tables de la Loi, façonnées et écrites par la main de Dieu. En découvrant l’infidélité du peuple qui s’était façonné des idoles sous l’apparence d’un veau d’or, Moïse avait fracassé ces tables, manifestant que l’Alliance à peine conclue était déjà rompue.

Mais le Seigneur ne s’était pas résolu à cet échec. Sans attendre, il avait ordonné à Moïse de façonner deux nouvelles tables sur lesquelles la Loi serait donnée à nouveau. C’est lors de cette nouvelle rencontre que retentit ce cri bouleversant : « Le Seigneur, le Seigneur, Dieu tendre et miséricordieux, plein d’amour et de vérité. »

Avec l’Esprit Saint, nous pouvons être saints comme Dieu est saint. Nos vies peuvent refléter quelque chose de cette personnalité du Dieu unique. Nous pouvons devenir, petit à petit, avec des chutes et des relèvements, des hommes et des femmes tendres et miséricordieux, pleins d’amour et de vérité. Les saints et les saintes que l’Église a engendrés nous en donnent la preuve.

C’en est fini du temps béni de Pâques, de l’Ascension et de la Pentecôte. Nous voici revenus au temps ordinaire, temps de l’Église, temps de la croissance, de la foi et de l’espérance, temps de l’humble marche quotidienne à pas d’amour, dans la justice et la sainteté, dans l’obéissance à la parole du Fils et la docilité à l’Esprit Saint, vers les bras et le cœur ouverts du Père. À lui, le Seul au-dessus de tout nom, le Seigneur, le Dieu fidèle, la louange et la gloire pour les siècles des siècles. Amen.

Père Alexandre-Marie Valder