Je suis idolâtre mais je me soigne

Je suis idolâtre mais je me soigne

Je suis idolâtre… mais je me soigne

Si pas un verset de la Bible, et en particulier des évangiles, ne vous fait lever un sourcil d’incompréhension, de stupéfaction ou d’indignation, bonne nouvelle : vous n’êtes pas idolâtre.

Si par contre vous tiquez devant le père insulté, renié et dépouillé qui accueille à bras ouvert son fils retrouvé, devant le patron qui verse le salaire d’une journée pour une heure de travail, devant le profiteur de guerre qui est plus juste que le bon croyant qui fait ses prières et paie son denier du culte ; ou encore si vous êtes scandalisés lorsque Jésus annonce que les anges viendront séparer les méchants du milieu des justes et les jeter dans la fournaise de feu, que celui qui ne consomme pas sa chair et son sang  n’a pas la vie, qu’il reniera devant son Père celui qui l’aura renié ou que celui qui ne prend pas sa croix pour le suivre n’est pas digne de lui, peut-être alors y a-t-il des questions à se poser.

Moi, je suis idolâtre… mais je me soigne. Je me soigne en méditant l’Écriture Sainte, Ancien et Nouveau Testaments. De la Genèse à l’Apocalypse, la Bible dénonce les idoles qui pervertissent l’humanité en la détournant du seul vrai Dieu. En la méditant, je me reconnais idolâtre. Bien sûr, je n’adore aucune statue, aucun arbre sacré, et je n’offre pas de sacrifices au soleil. Ce n’est que le niveau le plus superficiel de l’idolâtrie.

Un niveau plus profond de l’idolâtrie, c’est lorsque des réalités bonnes en soi, par exemple l’argent, la technique, l’ambition professionnelle, le désir de se dépasser, la sexualité, le besoin de reconnaissance, l’admiration pour un chanteur ou un sportif, etc., se retrouvent à occuper une place disproportionnée dans notre vie, lorsqu’elles tendent à devenir un absolu. Sans que je sois totalement indemne de tout cela, c’est plus profondément encore que se loge mon idolâtrie.

Qu’est-ce que l’idolâtrie, au fond ? C’est de détourner l’adoration due au seul vrai Dieu, qui pour nous est le Seigneur, le Dieu trinitaire, et de reporter cette adoration sur autre chose. La forme la plus sournoise et la plus dangereuse advient lorsque je crois adorer le vrai Dieu alors que je m’adresse seulement à l’idée que je me fais de lui.

Si la Bible parle autant du vrai Dieu et des idoles, je me dis que ça doit vouloir dire que je ne suis pas le seul concerné par le problème. D’autant que l’idolâtrie est une maladie mortelle, surtout pour les autres.

Après tout, le Seigneur Jésus a été victime de l’idolâtrie. En se lavant les mains, Pilate a préféré jeter la vérité et la justice à l’égout plutôt que de risquer son pouvoir. Les foules qui ont acclamé le Christ Jésus à son arrivée à Jérusalem l’ont rapidement lynché en réalisant qu’il ne correspondait pas à l’idée qu’ils se faisaient de lui. Mais ce sont surtout les notables, les hommes religieux, les bons croyants qui ont accusé de blasphème celui qui leur montrait le visage d’un Dieu incompatible avec leur idole, un Dieu miséricordieux jusqu’à embrasser la misère de la bourbe humaine, ami des pécheresses et des pécheurs.

Attention : aucun groupe chrétien n’est a priori immunisé contre l’idolâtrie.

Il y a des idolâtries « dures », froides et austères. Elles parlent latin, exaltent la justice de Dieu – et Dieu en effet est infiniment juste –, le caractère irremplaçable de l’Église, de sa doctrine et de ses sacrements pour le salut de l’humanité – et le Concile Vatican II le dit aussi – et prônent la rupture radicale avec le monde – et nous savons combien le pape François nous a mis en garde contre la mondanité.

Il y a aussi des idolâtries « molles », tièdes et arc-en-ciel, qui parlent principalement allemand et français. Elles oublient que le Christ est venu, a souffert et est mort pour notre salut, qu’il est le seul et unique Sauveur et que celui qui le suit sera forcément conduit à des renoncements, à des sacrifices et à la croix, qu’il devrait, comme l’écrivait S. Paul, mourir au péché afin de vivre pour Dieu.

Ces idoles sont d’autant plus dangereuses qu’elles s’honorent d’une part de vérité. C’est d’une brûlante actualité, puisque la FSSPX s’apprête à consommer le schisme avec l’Église en ordonnant des évêques, et que des évêques du Chemin Synodal allemand songent également à se séparer de la communion avec Rome afin de pouvoir plus librement courir vers les sirènes du monde postmoderne.

Méditer la Parole de Dieu, c’est-à-dire la Bible lue dans l’Église, peut nous purifier de nos idoles. Au fond, le seul remède à l’idolâtrie, c’est de fréquenter le seul vrai Dieu, le Dieu de la crèche, de la croix et de l’eucharistie.

Le vrai Dieu n’est pas une force indéterminée que toutes les religions, au fond, apercevraient de loin sans jamais l’atteindre. En se faisant petit enfant en Jésus Christ, il a pris visage humain pour s’adresser à nous avec des mots humains, pour offrir à toute personne une relation personnelle, une relation qui tient à la fois de l’amitié, de l’amour, de l’apprentissage, du service, du don de soi, de l’adoration. Comme dans l’amitié humaine, comme dans le mariage, cette relation ne va pas sans renoncements, sans sacrifices et sans croix.

Le vrai Dieu n’est pas indifférent au mal que nous nous faisons, puisque Dieu est Père et qu’un vrai père n’est jamais indifférent. Dans le crucifié, nous voyons ce que le péché fait à Dieu – il lui déchire le cœur – et ce que Dieu fait au péché – il le met en lumière, le prend sur lui et le jette au feu qui ne s’éteint pas.

Le vrai Dieu se donne à nous en nourriture parce que nous ne pouvons pas vivre sans lui. Dans le pain rompu, il s’expose à être ignoré, oublié, négligé et méprisé de beaucoup, afin que quelques uns puissent le reconnaître, l’adorer, le recevoir dignement et ainsi vivre de la vie éternelle.

Si votre idée de Dieu passe au triple tamis de la crèche, de la croix et de l’eucharistie, nous sommes sur le bon chemin. Sinon, soyez sans crainte : cette maladie se soigne très bien.

Père Alexandre-Marie Valder