Cœurs en chantier

Cœurs en chantier

Cœurs en chantier

« Je me demande bien à quoi ça sert de venir se confesser si c’est pour dire toujours les mêmes péchés ! » Quel confesseur n’a jamais entendu cette protestation ? quel pénitent ne l’a jamais émise, au moins in petto ? Certes, il ne tient qu’à chacun de prendre les moyens de ne pas retomber dans les mêmes ornières. Toutefois, cette impression de répétition s’explique. En effet, Dieu seul crée du neuf. Le mal, lui, ne fait que recycler toujours les mêmes ficelles (et ça marche trop souvent, hélas!). Voilà pourquoi nos péchés semblent si souvent répétitifs.

En outre, chacun de nous a ses propres blessures, ses propres fêlures, que le mal s’emploie à exploiter. Il y a peu de chances que le démon fasse tomber un scrupuleux dans un péché de négligence, ou un indolent dans un péché de colère. Ces péchés récurrents nous permettent d’identifier nos points faibles (la colère, la paresse, l’envie, la luxure, etc.) et de les fortifier en conséquence en pratiquant la vertu opposée par des petits actes concrets du quotidien. En nous attaquant toujours au même endroit, le démon nous dévoile comment le contrer.

En tant que confesseur, et surtout en tant que pénitent (car les prêtres aussi se confessent, vous savez…), je constate qu’il n’est pas vrai que nous pataugeons toujours dans les mêmes péchés. À force de relecture de journée à la lumière de l’Évangile, de résolutions et de persévérance avec la force de l’Esprit Saint, à force de s’ouvrir à la grâce du Christ dans les sacrements de la réconciliation et de l’eucharistie, nous faisons de réels progrès. Des péchés récurrents deviennent occasionnels puis exceptionnels. Ensuite, l’Esprit Saint vient éclairer un autre recoin de notre cœur qui demande à être purifié, et le travail reprend, mais la puissance de Dieu se déploie dans notre faiblesse.

Un jour, une personne m’a abordé dans une église : « Je ne sais pas si vous vous souvenez de moi. Je m’étais confessé à vous et je vous avais dit que j’étais dans telle situation bloquée. Le lendemain de la confession, tout a commencé à s’arranger. » Et ce n’est pas une situation exceptionnelle. Ne doutons pas de la bonté et de la puissance de Dieu. Le Seigneur Jésus nous a dit : « Vous donc, vous serez parfaits comme votre Père céleste est parfait » et il nous donne aujourd’hui de grandir dans la pureté du cœur. Les échafaudages et les bruits de chantier couvrent peut-être encore le travail de la grâce en nous. Lorsque tout sera retiré, nous verrons que tout cela n’aura pas été vain.

Alexandre-Marie Valder, prêtre