Fais le bien, évite le mal et tu auras la vie
Fais le bien, évite le mal, et tu auras la vie
Après avoir écouté l’oracle du prophète Isaïe, le psaume et l’exhortation de Paul aux chrétiens de Rome, nos oreilles résonnaient de paroles de consolation. Il était question d’une nuit bientôt finie et d’un jour tout proche, de la lumière du Seigneur qui attirera à elle toutes les nations de la terre, de la convergence des peuples qui monteront à Jérusalem dans l’allégresse, d’instruments de guerre convertis en outils agricoles, du règne de la paix, du salut de Dieu offert à tous. « Fais-nous voir, Seigneur, ton amour, et donne-nous ton salut. »
Le contraste avec les paroles scandaleuses de l’Évangile n’en est que plus dur. « En ces jours-là, avant le déluge, on mangeait et on buvait, on prenait femme et on prenait mari, jusqu’au jour où Noé entra dans l’arche ; les gens ne se sont doutés de rien, jusqu’à ce que survienne le déluge qui les a tous engloutis : telle sera aussi la venue du Fils de l’homme. Alors deux hommes seront aux champs : l’un sera pris, l’autre laissé. Deux femmes seront au moulin en train de moudre : l’une sera prise, l’autre laissée. »
« L’un sera pris » avec Dieu, « l’autre sera laissé » sur la terre vouée à la destruction. Et pour couronner le tout, personne ne se doute de rien jusqu’à ce qu’il soit trop tard. C’est un peu fort ! Cela paraît tout bonnement arbitraire et injuste… par conséquent il nous faut creuser plus profondément. Nous savons bien en effet que notre Dieu n’est ni arbitraire ni injuste, lui qui au contraire « sera juge entre les nations et l’arbitre de peuples nombreux. »
Puisque le Seigneur Jésus nous parle de Noé et de son arche, allons nous promener au livre de la Genèse pour voir ce qui en est dit (Gn 6).
Alors que les hommes s’étaient multipliés, le Seigneur Dieu « vit que la méchanceté de l’homme était grande sur la terre et que toutes les pensées de son cœur se portaient uniquement vers le mal à longueur de journée ». La terre elle-même « était corrompue » et « tout être de chair avait une conduite corrompue ».
Qui dit corruption dit qu’une chose belle et bonne qui était là d’abord s’est trouvée abimée et blessée. À l’origine, le Seigneur Dieu avait établi l’être humain intendant et gardien de la création. En se dérobant à Dieu par le péché, l’être humain a ainsi entraîné avec lui tout le monde matériel, c’est pourquoi toute la terre est dite corrompue. Ainsi, le constat accablant de la méchanceté et de la corruption nous montre en creux l’immense dignité de la création sortie des mains de Dieu au commencement.
Car la création, le monde matériel et en particulier l’être humain qui en est le sommet, revêtent une immense dignité. L’être humain, « seule créature sur terre que Dieu a voulue pour elle-même, ne peut pleinement se trouver que par le don désintéressé de lui-même (Gaudium et Spes 24.3). » Être humain, c’est un don et une mission. La personne humaine est capable de connaître Dieu, de l’aimer et même d’avoir part à la nature divine. Elle est appelée à se trouver elle-même, à se réaliser en choisissant librement le bien.
Comme l’a expliqué le pape François dans sa dernière encyclique, c’est le cœur qui est le lieu intime où chaque personne se détermine vers le bien, le lieu où elle entend la voix de sa conscience. La conscience est « une loi inscrite par Dieu au cœur de l’homme ; sa dignité est de lui obéir, et c’est elle qui le jugera. La conscience est le centre le plus secret de l’homme, le sanctuaire où il est seul avec Dieu et où sa voix se fait entendre (Gaudium et Spes 16.1). »
Ainsi toute personne, qu’elle se dise croyante, ou non, a toujours déjà affaire à Dieu dans ses choix quotidiens : « En ces jours-là, on mangeait et on buvait, on prenait femme et on prenait mari », raconte le Seigneur Jésus dans l’évangile. Parce que l’homme est créé avec une dignité et une mission bien plus haute que tout animal, si intelligent soit-il, il ne saurait y avoir de vie humaine neutre.
Un jour viendra où tout cela sera porté dans la lumière du Seigneur. Lorsque le Fils de l’homme viendra, alors chacun recevra ce qu’il aura cherché, ce vers quoi son cœur aura tendu. Qui aura vécu avec Dieu sera pris avec Dieu, l’autre sera laissé.
Disciples du Christ Jésus, nous ne sommes pas différents des autres hommes et femmes. Nous suivons la loi commune de l’humanité telle que l’énonce la voix de notre conscience : « Fais le bien, évite le mal, et tu auras la vie. »
En outre, nous avons la grâce de connaître celui qui nous a faits et faits pour lui. Comme Noé et sa famille, nous avons prêté l’oreille à la parole du Seigneur et nous avons pris place à bord de l’arche de l’Église. Nous sommes le peuple qui, dès aujourd’hui, s’efforce de vivre avec Dieu, de vivre de Dieu, de vivre pour Dieu. Les dix commandements, les béatitudes, le double commandement de l’amour de Dieu et du prochain, l’ensemble de la loi morale portée par l’Écriture et la tradition de l’Église, tout cela s’accorde avec cette loi mise par le Seigneur dans le cœur de chacun. Notre loi, aimer comme le Christ lui-même nous a aimés (cf. Lumen Gentium 9), ne viole pas les exigences de la conscience. Au contraire, elle la confirme et la porte à son accomplissement.
En ces jours-là, le Seigneur s’est servi de Noé et de sa famille pour renouveler la création corrompue. Aujourd’hui, il veut se servir de nous, l’Église. Nous écoutons la voix du Seigneur. Dans l’attente du « jour tout proche », nous rejetons « les activités des ténèbres », nous nous revêtons « des armes de la lumière », nous vivons à hauteur d’homme, à la manière du Christ. En faisant cela, nous crions à tous les hommes par notre manière de vivre : « Venez ! montons à la montagne du Seigneur, à la maison du Dieu de Jacob ! Qu’il nous enseigne ses chemins, et nous irons par ses sentiers. »
Puissent-ils être nombreux à choisir de nous rejoindre dans la lumière du Seigneur.