Je suis fils de consolation
Je suis fils de consolation
Frères et sœurs, regardez. Regardez ce que le Seigneur a fait pour notre magnifique humanité. Regardez comment il a élu, délivré et libéré son peuple. Regardez comment, « alors que nous n’étions capables de rien », « alors que nous étions ses ennemis », il nous a réconciliés avec lui « par la mort de son propre Fils ».
Regardez comme le Seigneur regarde. « Voyant les foules, Jésus fut saisi de compassion envers elles parce qu’elles étaient désemparées et abattues comme des brebis sans berger. »
Regardez les foules d’aujourd’hui, désemparées par un monde qui semble divaguer sans boussole, les foules abattues par le désespoir. Regardez les foules secouées par la colère, colère violente des émeutiers qui défigurent nos fêtes, juste colère des parents inquiets pour la sécurité de leurs enfants. Regardez les foules minées par la tristesse et rongées par la peur. Et parmi elles, combien de baptisés qui ont apostasié silencieusement et oublié celui qui est le Chemin, la Vérité et la Vie ? Combien de personnes en recherche spirituelle qui ne soupçonnent pas quel trésor de sagesse chrétienne est à portée de leur main ?
Ecoutez la voix du Seigneur : « La moisson est abondante, mais les ouvriers sont peu nombreux. Priez donc le maître de la moisson d’envoyer des ouvriers pour sa moisson. »
Qui sont ces ouvriers ? En premier lieu, osons l’affirmer, ces hommes et ces femmes que le Seigneur appelle à le suivre de plus près : évêques, prêtres et diacres, moines et moniales, religieux et religieuses. À ce propos, mon plus ancien souvenir de vocation concerne une annonce paroissiale pour la prière pour les vocations de prêtres. C’est en allant prier pour les autres que je me suis demandé pour la première fois : « Pourquoi pas toi ? »
Toutefois, dans le peuple sacerdotal, prophétique et royal que nous sommes, tout ne repose pas sur les « professionnels de l’Evangile ». Vous tous qui avez été consacrés par le Baptême, la Confirmation et l’Eucharistie, vous êtes appelés et envoyés. C’est à nous aussi que s’adresse la parole de l’Exode : « Vous serez pour moi un royaume de prêtres, une nation sainte. »
Vous connaissez peut-être cet apologue attribué à Charles Péguy. Il rencontre successivement trois ouvriers et leur demande ce qu’ils font. Le premier, crispé et amer, lui répond : « Je casse des cailloux. » Le deuxième, plus serein, lui déclare : « Je travaille pour gagner ma vie et nourrir ma famille. » Le troisième lui annonce, tout joyeux : « Je construis une cathédrale. »
Adaptons cet apologue à nos paroisses.
Sommes-nous le premier ouvrier, celui qui répond : « Je remplis des registres paroissiaux… je réponds au standard des funérailles… je tiens la permanence… je fais le ménage des salles paroissiales… je fais la sacristie… je m’occupe du suivi des travaux… je fais le caté… je distribue les feuilles à la messe… je fais des bouquets à l’église » ?
Sommes-nous le deuxième ouvrier, celui qui déclare : « J’aide monsieur le curé… je tiens la boutique “Église” ouverte… je m’assure que les lieux de réunion et de célébration soient fonctionnels, accueillants, propres et beaux… je parle de Dieu à des enfants, à des adolescents, à des adultes… je suis à l’entrée de l’église pour saluer ceux qui entrent » ?
Sommes-nous enfin le troisième ouvrier, celui qui annonce, tout joyeux : « Je suis le premier visage de l’Église pour ceux qui demandent le baptême ou le mariage, pour ceux qui viennent à la messe… je suis un messager d’espérance pour ceux qui sont en deuil… par la musique, le chant, les fleurs, les tissus, je crée du beau et je porte mes frères et sœurs à la prière… je suis l’huile discrète dont l’onction facilite la vie de tous… je suis le coordinateur, la coordinatrice des coopérations, des rencontres et des fêtes… je suis ouvrier, ouvrière du maître de la moisson » ?
Je cherchais une expression qui exprime cette identité. Elle m’a été donnée par un saint qui m’est cher et que nous avons fêté cette semaine, celui que les Apôtres avaient surnommé Barnabé, c’est-à-dire « fils de consolation ». C’est le même mot qui est employé pour parler de l’Esprit Saint Consolateur.
Frères et sœurs, nous avons reçu l’Esprit Consolateur à notre Baptême et à notre Confirmation, et nous veillons à le recevoir chaque jour dans la prière. Soyons des fils et des filles de consolation pour les foules désemparées et abattues comme des brebis sans berger. Comme l’ouvrier de l’apologue de Péguy déclarait : « Je construis une cathédrale », disons de nous-mêmes : « Je suis fils, fille de consolation. »
Sans le savoir, ces foules désemparées et abattues comptent sur nous pour leur annoncer que le royaume des Cieux est tout proche. Elles comptent sur nous pour leur faire connaître et rencontrer le Christ. Lui seul est le Bon Berger qui n’exploite pas les brebis à son profit. Au contraire, c’est lui, l’Agneau de Dieu, qui donne sa vie pour elles.
En fils et filles de consolation, nous pouvons les mener vers le Seigneur Jésus. Lui saura les guérir de leur langueur, les ressusciter de leur désespoir, les purifier de leur culpabilité, chasser les démons qui les entravent.
Lui saura leur rouvrir les portes de l’espérance qui donne sens à la vie. Lui saura rallumer la lumière de la foi qui donne la paix et la joie de se savoir aimé totalement, inconditionnellement. Lui saura raviver le feu de l’amour qui donne accès à la vie éternelle auprès du Père. À lui, qui n’est qu’amour et miséricorde, la gloire et la puissance, avec son Fils béni et l’Esprit Consolateur, pour les siècles des siècles. Amen.
Père Alexandre-Marie Valder