Maintenant et à l’heure de notre mort

Maintenant et à l’heure de notre mort

Maintenant et à l’heure de notre mort

Je suis un pratiquant convaincu de la prière du Rosaire, une prière de pauvre qui renferme tant de richesses. Dans le Rosaire, la méditation du quatrième mystère glorieux, l’Assomption de la Vierge Marie, s’accompagne de la demande de la grâce de la bonne mort.

La mort est l’un des deux moments essentiels de notre existence terrestre. J’y pensais l’autre jour devant un vitrail représentant la mort de saint Joseph. C’est une scène classique, bien qu’elle soit absente des évangiles : on voit Joseph entouré de Marie et de Jésus qui lui enserrent les mains ou les épaules. Quelle meilleure compagnie que celle-là pour passer la mort ? C’est d’ailleurs la raison pour laquelle Joseph est invoqué comme patron de la bonne mort.

Récemment, on me demandait aussi comment aider un mourant dans ses derniers instants. Il est bon que cette personne puisse entendre, à défaut de pouvoir les dire elle-même, ces mots que nous connaissons bien : « Sainte Marie, Mère de Dieu, priez pour nous, pauvres pécheurs, maintenant et à l’heure de notre mort. »

Si nous l’invitons, Marie sera là à l’heure de notre mort. Elle sera là avec sa foi, sa confiance et son espérance invincible en Dieu. Elle sera là avec son amour immense pour Dieu et pour nous. Elle sera là avec sa prière maternelle. Nous aurions tort de nous priver de son assistance et de celle de son divin fils. N’ayons donc pas peur d’envisager notre mort et de demander à Marie d’y être présente et de prier pour nous.

 La notion de « bonne mort » peut aussi faire référence à l’euthanasie, étymologiquement parlant. Nous en avons beaucoup parlé dans l’actualité. Lorsque des lois contraires à l’Évangile sont en projet, il est du devoir des chrétiens de prendre part au débat. Nous l’avons fait et nous n’avons pas à en rougir. Lorsque le temps du débat est révolu et que ces lois sont en vigueur, il est tout aussi essentiel d’avoir le courage de ne pas les utiliser à notre profit.

La question est la suivante : dans un pays qui autorise et même promeut l’euthanasie et le suicide assisté, saurons-nous choisir la véritable « bonne mort » ? Aurons-nous le courage de refuser pour nous-mêmes la mort provoquée, qui procède d’un ultime sursaut du moi, d’un ultime défi à Dieu : « Tu n’as pas eu de place dans ma vie, tu n’en auras pas dans ma mort » ? Aurons-nous le courage de choisir la mort qui vient en son temps, accompagnée par les soignants, les proches, les saints et les anges ?

En préparant cette homélie, je pensais à la prière que l’on dit parfois aux funérailles : « Venez, saints du ciel : portez-lui secours, allez à sa rencontre, anges du Seigneur. Venez pour accueillir cette âme et la présenter devant la face du Dieu Très-Haut. »

Nous sommes des êtres fragiles et mortels. Cette condition fut celle du Seigneur Jésus et de tous les saints. Aujourd’hui, saint Paul nous annonce que la mort sera définitivement vaincue : « Le dernier ennemi qui sera anéanti, c’est la mort, car il a tout mis sous ses pieds. » En fait, la mort est déjà vaincue par la Résurrection. Il est vrai qu’elle nous atteindra tous un jour ou l’autre, toutefois sa tyrannie est déjà brisée. Par la Résurrection, le Seigneur Jésus a transformé la mort. Elle était un gouffre infranchissable qui devait me séparer pour toujours du monde des vivants, elle est devenue un passage vers le Père. Désormais, pourvu que je le veuille, je ne serai pas seul, ni à l’heure de la mort, ni après.

 Je disais en commençant cette homélie que notre mort était l’un des deux moments essentiels de notre existence terrestre. L’autre moment essentiel de notre existence, c’est… maintenant. « Fais ce que tu fais », enseignait saint Ignace. Et saint François de Sales, dans une phrase célèbre, disait que le passé appartient à la miséricorde de Dieu, l’avenir à sa providence et que seul le présent doit nous préoccuper. Quant à Thérèse de Lisieux, elle chantait que, pour aimer Dieu, elle n’avait rien qu’aujourd’hui.

« Maintenant », c’est justement l’autre moment où nous demandons à Marie de prier pour nous. « Prie pour moi maintenant, sainte Marie, Mère de Dieu, car c’est maintenant que j’ai à croire, à espérer et à aimer. Maintenant, je ne suis sans doute pas dans les conditions rêvées. Je voudrais bien être plus comme ceci ou moins comme cela… Et pourtant c’est maintenant, c’est aujourd’hui, que j’ai à aimer Dieu et mon prochain, avec les forces et les grâces qui me sont données. »

 Cette semaine, nous avons fêté notre patronne, sainte Jeanne de Chantal. Epouse, mère, veuve, intendante d’un domaine, religieuse, fondatrice, elle a expérimenté une succession de « maintenant » et d’« aujourd’hui » très différents. Les sœurs qu’elle a rassemblées dans l’Ordre de la Visitation Sainte-Marie pâtissaient souvent d’une fragilité qui les empêchait de se consacrer à Dieu dans d’autres familles religieuses. Pour sainte Jeanne de Chantal et saint François de Sales, cela ne devait pas les empêcher d’accéder à la sainteté.

À chaque instant, sainte Jeanne et ses sœurs se sont attachées à chercher la volonté de Dieu et à l’accomplir fidèlement au quotidien, dans les petites choses, en remplissant chaque « maintenant » d’amour. C’est la grâce que nous demandons au Seigneur par l’intercession de Marie Mère de Dieu, afin qu’au jour de notre mort, nous soyons tout abandonnés entre ses mains maternelles.

Père Alexandre-Marie Valder