Notre Dieu pleure sur les morts
Notre Dieu pleure sur les morts
« Souviens-toi que tu es poussière, et que tu retourneras en poussière. » Frères et sœurs, il y a plus d’un mois déjà, nous entrions dans le temps béni du Carême, temps de pénitence, c’est-à-dire de retour à Dieu. Les cendres nous faisaient alors percevoir notre fragilité, et même notre radicale impuissance. Aujourd’hui, en ce dimanche de Lazare, nous entrevoyons la puissance de la Résurrection.
Le Seigneur Jésus avait déjà rendu à la vie la fille de Jaïre qui venait tout juste de mourir, et aussi le fils de la veuve de Naïm, sur le point d’être enseveli. Lazare, lui, est au tombeau depuis quatre jours ; la corruption a déjà commencé à faire son œuvre ; cela n’empêchera pas le Seigneur Jésus d’agir avec puissance.
Ce sont autant d’images, de figures et d’annonces de ce que proclame notre credo : « Je crois à la résurrection de la chair et à la vie éternelle. »
Le prophète Ezekiel avait eu la vision d’une vallée remplie d’ossements humains totalement desséchés, que l’Esprit du Seigneur a ensuite rendus à la vie : « Vous saurez que Je suis le Seigneur, quand j’ouvrirai vos tombeaux et vous en ferai remonter, ô mon peuple ! Je mettrai en vous mon esprit, et vous vivrez. » Ces morts rendus à la vie expriment d’abord l’impuissance radicale de la personne humaine sans le Seigneur. Quoi de plus impuissant qu’un cadavre ?
Faisons attention aux représentations païennes qui peuplent notre imaginaire. « Le voilà libéré de son corps… elle est dans un monde meilleur… il a fini de souffrir… elle est en paix… » disons-nous un peu trop facilement, comme si notre âme n’était qu’un ballon dont la mort viendrait enfin couper le fil.
Au contraire, le séjour des morts que l’on appelle aussi les enfers ou le shéol, est en soi un lieu de réclusion et d’isolement, un lieu terne et sans joie. C’est cependant, au contraire de l’enfer des damnés, un lieu d’espérance et de prière : « Des profondeurs je crie vers toi, Seigneur ; Seigneur, écoute mon appel ! » chantait le psaume.
Pas de formules superficielles de la part du Seigneur Jésus devant son ami Lazare frappé par la mort, enfermé dans le tombeau et rongé par la corruption. Il est saisi d’émotion, bouleversé et il pleure. Il pleure, car la mort, qui est le lot de tous les hommes, est toujours un drame et un scandale. Dieu pleure la mort des humains qu’il avait créés pour le bonheur, la communion et la vie.
Le Seigneur Jésus pleure, et davantage encore, sur ceux qu’il a un jour comparés à des tombeaux immaculés à l’extérieur et remplis d’ossements et d’impuretés, ceux qui, bien que vivants, sont morts à l’intérieur. « Frères, nous disait S. Paul, ceux qui sont sous l’emprise de la chair ne peuvent pas plaire à Dieu. » Ceux-là sont aussi impuissants à faire le bien que s’ils étaient morts.
Frères et sœurs, en ce dimanche de Lazare, la compassion du Seigneur notre Dieu se fait action et puissance pour vaincre la mort. Déjà commence à poindre la lumière de Pâques. La radicale impuissance de l’être humain, tué par le mal, le péché et la mort, ne saurait faire obstacle à la puissance du Sauveur.
Aujourd’hui, le Seigneur Jésus crie d’une voix forte : « Lazare, viens dehors ! » Et le mort sort de son tombeau à la voix de Dieu. Chaque jour, le Seigneur Jésus crie et frappe à la porte de nos cœurs endurcis : « Viens dehors ! Relève-toi ! Viens à la lumière ! Choisis la vie ! Reviens vers ton Dieu ! »
Bientôt, le Seigneur Jésus sait qu’il lui faudra aller plus loin encore. Lui sur qui la mort n’a pas de pouvoir va entrer de son plein gré dans sa gueule vorace, connaître la peur et la souffrance, la coupure de toutes les relations, la lourde pierre du tombeau. Lui le Vivant va descendre aux enfers, dans le terne séjour des morts et là, il fera à nouveau entendre sa voix : « Levez-vous, venez à moi et sortons d’ici ! » Ressuscité des morts, il ouvrira le chemin vers le Père à tous ceux qui écouteront sa voix et mettront leur foi en lui.
Je crois en l’Esprit-Saint… La mort du Seigneur Jésus et sa descente aux enfers, sa Résurrection et son Ascension à la droite du Père, qui culminent dans le don de l’Esprit Saint, sont le fondement de notre espérance en notre propre résurrection.
« Si le Christ est en vous, nous disait S. Paul, le corps, il est vrai, reste marqué par la mort à cause du péché, mais l’Esprit vous fait vivre, puisque vous êtes devenus des justes. Et si l’Esprit de celui qui a ressuscité Jésus d’entre les morts habite en vous, celui qui a ressuscité Jésus, le Christ, d’entre les morts donnera aussi la vie à vos corps mortels par son Esprit qui habite en vous. »
Je crois à la sainte Église catholique, à la communion des saints, à la rémission des péchés… Ces anonymes de l’Évangile qui ont conduit Jésus au tombeau de Lazare, enlevé la pierre, délié les bandelettes et le suaire, figurent l’Église qui coopère à l’œuvre de son Seigneur : par la prédication de la Bonne Nouvelle, par les sacrements du baptême et de la réconciliation, par les larmes de la pénitence et les prières des saints, les âmes sont lavées des péchés et rendues à la vie.
Je crois à la résurrection de la chair et à la vie éternelle… Par le baptême, la confirmation et l’eucharistie, nous avons été plongés dans la mort et la résurrection du Christ. Nous avons donc pleine assurance de vivre pour toujours en Dieu, avec notre âme purifiée de ses péchés et notre corps devenu le temple de l’Esprit Saint, pourvu que nous persévérions jusqu’au bout en suivant celui qui nous redit aujourd’hui : « Moi, je suis la résurrection et la vie. Celui qui croit en moi, même s’il meurt, vivra ; quiconque vit et croit en moi ne mourra jamais. Crois-tu cela ? »
Père Alexandre-Marie Valder