Relecture pascale
Relecture pascale
« Et maintenant, qu’allons-nous faire ? » Bien que l’Écriture n’en dise rien, il est probable que les Apôtres et les autres disciples se soient posé cette question après avoir vu Jésus s’en aller vers le ciel, dans l’attente de l’Esprit Saint. Ce même Esprit Saint, nous l’avons reçu au Baptême et à la Confirmation. Cela nous dispense-t-il de réfléchir avant d’agir, de discerner et de faire des efforts pour accomplir le bien ? Non. L’Esprit Saint œuvre en nous, mais jamais sans nous.
Il n’est donc pas sacrilège d’imaginer que les Apôtres aient pris le temps de s’asseoir pour relire la période extraordinaire qu’ils venaient de vivre, et dont l’Église fait mémoire chaque année au cours des trois mois qui courent du mercredi des cendres à la Pentecôte.
Pour eux, comme pour nous, tout tourne autour d’un fait historique : Jésus de Nazareth est ressuscité des morts. Quelques semaines seulement après les faits, les Apôtres en sont certains : ce Jésus que nous avons suivi a souffert, il est mort et il a été enseveli ; trois jours après, il s’est montré vivant à nous, puis il nous est apparu durant quarante jours avant de s’en aller vers le ciel.
Deux mille ans plus tard, nous chrétiens vivons toujours de cette foi en la résurrection de Jésus advenue un certain jour en un certain lieu. On peut y croire ou non, mais pas y croire à moitié. J’insiste : pour nous chrétiens, la résurrection n’est ni un mythe, ni un symbole ; c’est un fait historique. Il ne peut y avoir de foi chrétienne sans cela.
Les raisons d’y croire sont solides, sans pour autant être contraignantes. Nous savons que les Apôtres ont témoigné de la résurrection de Jésus juste après les faits et que les écrits qui consignent ce témoignage sont parvenus jusqu’à nous avec une fiabilité largement supérieure à n’importe quel autre texte antique. Nous savons aussi que les disciples n’ont pas menti, étant donné qu’ils ont témoigné jusqu’à la souffrance et à la mort.
Même à deux mille ans d’écart, nous pouvons, sans sacrifier notre intelligence d’hommes et de femmes du XXIe siècle, affirmer sereinement que Jésus de Nazareth est vraiment ressuscité des morts.
Revenons aux Apôtres, sûrs d’avoir rencontré Jésus, d’avoir mangé et bu avec lui après sa résurrection des morts durant quarante jours. En quoi cela change-t-il tout pour toujours ?
La présence et l’action de Dieu ne sont pas évidentes pour nous. Sans doute ne l’étaient-elles pas davantage pour les hommes et les femmes des temps apostoliques. Or voilà qu’un homme qui était mort est revenu à la vie. Et qui est capable de faire cela, sinon Dieu seul ? Les disciples de la première heure ne peuvent en douter : Dieu lui-même est intervenu dans la résurrection de Jésus. Il y a bien un Dieu ami des hommes qui n’a pas laissé pas la mort injuste de Jésus sans réponse.
Faisons un pas de plus. Les Apôtres l’ont constaté : Jésus n’est pas simplement revenu à la vie d’avant la croix. Il a franchi la mort en conservant sur les mains, les pieds et le côté les traces des épreuves qu’il a traversées. Il est désormais vivant d’une vie sur laquelle la mort n’a plus aucun pouvoir, une vie éternelle qu’il promet à ceux qui viendront à lui.
C’est donc que la mort n’est pas la fin de tout. Il y a quelque chose après. Il y a surtout quelqu’un, quelqu’un que les disciples ont appris à connaître et à aimer, quelqu’un qui a pour eux fracassé les portes du séjour des morts et ouvert le chemin vers le Père, quelqu’un qui les invite et les attend, quelqu’un qui réunira un jour leur âme et leur corps dans son Royaume. Quelqu’un que nous connaissons aussi.
Ajoutons à cela que celui qui est ressuscité des morts n’est pas n’importe qui. Jésus de Nazareth a revendiqué être le Christ, le Messie d’Israël, le Fils du Dieu vivant, le Seigneur. En le ressuscitant, Dieu a assumé et validé tout ce que Jésus a dit et fait : la promesse du Messie Sauveur accomplie dans le Crucifié qui souffre et meurt tel l’Agneau du sacrifice pour enlever les péchés du monde entier, la Loi accomplie dans le commandement de la charité pour Dieu et le prochain, le Temple accompli dans l’adoration du Père en esprit et en vérité, la Terre Sainte accomplie dans le Royaume de Dieu, l’Alliance de Dieu avec Israël accomplie dans la Nouvelle Alliance proposée à tous dans l’Église. Autant de réalités dont nous vivons encore aujourd’hui.
« Et maintenant, qu’allons-nous faire ? » Après avoir vécu, enseigné, consolé, et guéri, le Seigneur Jésus est monté auprès du Père. Il n’est plus là, à portée d’oreille, à portée de main. Aucune voix ne remplacera leur intelligence pour leur montrer le chemin à suivre. Aucune force ne remplacera leur volonté pour les obliger à choisir le bien et à rejeter le mal. Désormais, les disciples vont devoir prendre leurs propres décisions en se fondant sur ce que leur maître a dit et fait. Deux mille ans après, il en va ainsi pour nous, les baptisés.
Le Seigneur Jésus ne nous laisse cependant pas orphelins. Il restera toujours présent à son Église. Il prie pour ses disciples, il leur envoie son Esprit de consolation et de discernement. Il agit surtout dans la puissance des sacrements : lorsqu’on célèbre le baptême ou la réconciliation, c’est lui-même qui baptise et absout les péchés, et de même pour les autres sacrements. Il est présent lorsque l’Eglise célèbre l’Eucharistie : au milieu du peuple rassemblé en son nom, dans la personne des ministres ordonnés, dans la Parole proclamée, et surtout sous le pain et le vin devenus son Corps et son Sang.
Et maintenant, frères et sœurs, qu’allons-nous faire ? Adorer, témoigner et servir, croire, espérer et aimer, jour après jour, en Église, avec la force de l’Esprit Saint.
Père Alexandre-Marie Valder