Tout ce qui est moi en moi est fait pour Dieu

Tout ce qui est moi en moi est fait pour Dieu

Tout ce qui est moi en moi est fait pour Dieu
Frères et sœurs, en ce premier dimanche de Carême, parlons d’un sujet qui nous concerne tous… la surtransposition des normes européennes dans le droit français. Elle consiste en bref à transcrire les règlements européens dans le droit national en y ajoutant un ou deux tours de vis, en étendant leur rigueur au-delà de ce qui était expressément prévu.

Cette surtransposition des normes a des racines très anciennes. En effet, elle avait cours bien avant l’Europe, bien avant la France. Dans le jardin d’Eden déjà, notre mère Eve pratiquait la surtransposition des normes.

À la question du serpent : « Alors, Dieu vous a vraiment dit : “Vous ne mangerez d’aucun arbre du jardin” ? », elle répondit. Première erreur : répondre au serpent. Frères et sœurs, ne discutons pas avec le mal ; rejetons-le. Nous ne sommes pas armés pour débattre avec le diable. C’est un combat perdu d’avance.

Et que répondit Eve ? « Nous mangeons les fruits des arbres du jardin. Mais, pour le fruit de l’arbre qui est au milieu du jardin, Dieu a dit : “Vous n’en mangerez pas, vous n’y toucherez pas, sinon vous mourrez.” »

Or le Seigneur Dieu avait donné à l’homme cet ordre : « Tu peux manger les fruits de tous les arbres du jardin ; mais l’arbre de la connaissance du bien et du mal, tu n’en mangeras pas ; car, le jour où tu en mangeras, tu mourras. »

L’arbre de vie au milieu du jardin ne faisait l’objet d’aucun interdit. C’est parce que l’autre arbre, celui de la connaissance, est interdit, qu’il se retrouve au centre des préoccupations de la femme. Surtout, alors que le Seigneur avait averti du danger de consommer le fruit de cet arbre (« Le jour où tu en mangeras, tu mourras »), cela se transforme en menace : « Dieu a dit : “Vous n’en mangerez pas, vous n’y toucherez pas, sinon vous mourrez.” »

Que l’exemple d’Eve nous enseigne. Prenons garde à ne pas surtransposer, à ne pas en rajouter à la parole de Dieu. Nous risquerions de nous fabriquer un dieu inhumain. Notre part à nous, c’est de faire la volonté de Dieu, toute la volonté de Dieu – il ne faudrait pas non plus viser au-dessous de ce que Dieu demande – et rien que la volonté de Dieu. Cela demande de développer en nous une vertu que les anciens appelaient la discrétion, c’est-à-dire le discernement. Ce qui permet le discernement, c’est la parole de Dieu.

Comme Eve, le Seigneur Jésus a répondu aux suggestions du diable au terme de son long jeûne dans le désert. Lui, cependant, a employé, sans la déformer, la parole de Dieu, elle qui exprime la véritable volonté de Dieu pour l’humanité :

« Il est écrit : “L’homme ne vit pas seulement de pain, mais de toute parole qui sort de la bouche de Dieu.” […] Il est encore écrit : “Tu ne mettras pas à l’épreuve le Seigneur ton Dieu.” […] Arrière, Satan ! car il est écrit : “C’est le Seigneur ton Dieu que tu adoreras, à lui seul tu rendras un culte.” »

Dieu ne fait pas violence à la nature des choses : les pierres sont des pierres, les pains sont des pains et les hommes doivent manger. Nous avons besoin de pain pour vivre, et notre Père le sait. Cependant, cela ne suffit pas : il nous faut cette parole qui nous appelle vers le haut. Si le Seigneur Dieu nous envoie ses anges – et il nous les envoie – c’est dans le seul but de nous conduire au Ciel pour  partager sa propre vie, et non pas pour jouer aux casse-cous. Promis à une si haute vocation, l’homme est trop grand pour se prosterner devant qui que ce soit, ni homme, ni ange, mais devant Dieu seul. Dieu lui-même, en Jésus, s’agenouille devant l’homme pour lui laver les pieds.

La volonté du Père, c’est que nous devenions par grâce ce que son Fils Unique est par nature : des fils et des filles de Dieu. Lui qui n’a pas transformé les pierres en pains ne va pas non plus nous supprimer pour nous remplacer par autre chose. C’est comme humain que je serai sauvé, avec le don de l’Esprit Saint. Je suis homme et non femme, d’un temps et d’un lieu, avec un héritage génétique et culturel, avec un tempérament et des talents qui me sont propres. Je n’ai pas à me détacher de cela pour accomplir ma vocation à devenir saint et fils de Dieu. Tout ce qui est moi en moi est fait pour Dieu. Seuls mes péchés ont le terrible pouvoir de faire obstacle à la volonté de Dieu pour moi.

Comme confesseur, je reçois parfois des pénitents qui s’accusent d’être humains : « Chuis pas parfait, v’voyez. Chuis humain et pis voilà. J’m’accuse de ça. » Il y a quelque chose d’une surtransposition démoniaque à penser que Dieu nous reproche d’être rien qu’humains. Ce n’est pas du tout le modèle que nous propose le psaume : « Oui, je connais mon péché, ma faute est toujours devant moi. Contre toi, et toi seul, j’ai péché, ce qui est mal à tes yeux, je l’ai fait…. Crée en moi un cœur pur, ô mon Dieu. »

Quarante jours me sont donnés pour effectuer un discernement.

Dans ma vie se manifestent le refus de croire, d’espérer et d’aimer, la volonté de me mettre au centre, de m’approprier les personnes et les choses, d’enfermer dans mon jugement, de faire violence par la parole et par les actes, de dénigrer, d’ignorer, d’écraser l’autre de ma superbe. Quarante jours me sont donnés pour nommer ce péché et le détester, pour me préparer à le clouer à la croix du Christ par la confession et à le noyer dans les eaux de mon baptême.

Dans ma vie, il y a aussi grandeur et limites, force et fragilité, vertu et petitesse, tout ce qui fait que je suis humain et non un ange, tout ce qui fait que je suis moi et non un autre. Quarante jours me sont donnés pour présenter tout cela au Christ Seigneur. Lui se penche sur ma vie, sur mon humanité, afin de la mener par la passion et par la croix jusqu’à la gloire de la résurrection, de la consacrer par le don de l’Esprit Saint et de la conduire jusqu’au cœur du Père, à lui la gloire et la puissance, avec le Fils et l’Esprit Saint, pour les siècles des siècles. Amen.

Père Alexandre-Marie Valder