Le chemin du vrai bonheur
Le chemin du vrai bonheur
Le discours sur la montagne constitue la charte fondamentale de la voie chrétienne, et les Béatitudes en sont l’ouverture. En effet, le Seigneur Jésus n’est venu que pour cela : être pour tout homme le chemin du vrai bonheur. Le Seigneur Jésus est en personne la voie chrétienne. Je vous propose de lire l’évangile d’aujourd’hui comme un chemin vers le plus parfait en cinq étapes.
En ce temps-là, voyant les foules, Jésus gravit la montagne. Il s’assit, et ses disciples s’approchèrent de lui. Alors, ouvrant la bouche, il les enseignait.
Gravir la montagne avec Jésus, s’approcher de lui, se taire pour l’écouter, lui consacrer du temps, avoir l’humilité de se laisser enseigner par lui, c’est déjà quelque chose. Si nous sommes là ce matin, c’est que nous avons déjà fait ce premier pas. Attention cependant : ce pas est à refaire chaque jour, car on ne cesse jamais d’être disciple.
Heureux les pauvres de cœur, car le royaume des Cieux est à eux. Heureux ceux qui pleurent, car ils seront consolés. Heureux les doux, car ils recevront la terre en héritage.
Ces trois premières béatitudes visent à critiquer de fausses idées du bonheur. Le vrai bonheur ne consiste pas dans l’accumulation de richesses et dans la possession des biens, c’est pourquoi le Seigneur peut déclarer heureux les pauvres de cœur. Le vrai bonheur ne réside pas non plus dans la recherche effrénée du plaisir et la fuite de toute souffrance et contrariété, puisque même ceux qui pleurent sont déclarés heureux. Enfin, le vrai bonheur est attribué aux doux, à l’encontre de l’idée selon laquelle il faut s’endurcir, écraser pour ne pas être écrasé, dominer pour ne pas être dominé.
En examinant leur vie à la lumière de ces trois premières béatitudes, les disciples apprennent à discerner. Oui à la légitime propriété de celui qui se voit comme l’intendant de biens confiés par le Seigneur pour le service de tous. Oui aux plaisirs de la bonne compagnie, de la nourriture, de la sexualité, reçus dans la louange comme un don de Dieu. Oui à la juste autorité du parent, du patron, de l’élu qui s’exerce comme un service du plus petit. Non, non et non lorsque la possession, la jouissance et la domination deviennent des absolus et des idoles.
Heureux ceux qui ont faim et soif de la justice, car ils seront rassasiés. Heureux les miséricordieux, car ils obtiendront miséricorde.
Ne pas faire le mal, ce n’est que le début. Les deux béatitudes suivantes montrent le bien à accomplir. La justice est à la base de tout : inutile de refaire le monde, d’élaborer des utopies si l’on ne commence pas par faire en sorte que chacun reçoive ce qui lui revient. C’est en cela que consiste la justice. La miséricorde vient la compléter, adoucir ce que la stricte justice aurait de trop sévère. Ce n’est pas que la miséricorde soit la vertu des mollassons : elle est une saine colère contre le mal qui affecte autrui, ce qui éclaire le passage de la première lecture sur la colère du Seigneur.
Puissions-nous avoir le désir presque douloureux de faire notre part pour que chacun reçoive ce qui lui revient : au Seigneur notre Dieu, l’adoration et la gloire, à chacun le respect de sa dignité et la sécurité de sa personne.
Heureux les cœurs purs, car ils verront Dieu. Heureux les artisans de paix, car ils seront appelés fils de Dieu.
Les deux béatitudes suivantes mentionnent Dieu pour la première fois. Toute personne est faite pour la communion avec Dieu, aussi le disciple du Christ ne saurait-il se satisfaire d’une morale bourgeoise : ne fais pas trop de mal et, si tu fais du bien, reste dans les limites du raisonnable. Au contraire, nous disait S. Paul, ce qu’il y a de fou dans le monde, voilà ce que Dieu a choisi.
Un peu plus loin, le Seigneur Jésus indiquera le double commandement de la charité. Premièrement, aimer Dieu de toutes les dimensions de sa personne, sans mélange et sans compromis, autrement dit d’un cœur pur de toute autre considération. Deuxièmement, aimer le prochain comme soi-même, travailler concrètement au bien de ce prochain qui est là sur mon chemin, lui bricoler de mon mieux, avec les moyens à ma disposition, une paix sur mesures, comme le fait un bon artisan.
Heureux ceux qui sont persécutés pour la justice, car le royaume des Cieux est à eux. Heureux êtes-vous si l’on vous insulte, si l’on vous persécute et si l’on dit faussement toute sorte de mal contre vous, à cause de moi.
En suivant le chemin des béatitudes, nous nous sommes approchés du Seigneur Jésus pour devenir ses disciples. Nous nous sommes éloignés des attachements qui nous entraînent au mal. Nous nous sommes attachés à faire le bien, et même à rechercher le meilleur, en aimant Dieu et le prochain.
Avec ces dernières béatitudes, le Seigneur annonce que ceux qui suivent cette voie auront à souffrir dans le monde, qu’ils connaîtront la contradiction et même la persécution. Le bonheur, le vrai bonheur, celui qui nous réjouit déjà par l’espérance, est promis à ceux qui tiendront bon, qui persévéreront et choisiront jour après jour le chemin que le Seigneur Jésus a tracé le premier : humilité, détachement, pénitence, douceur, justice, miséricorde, pureté de cœur et paix.
À nous qui voulons nous attacher au Seigneur Jésus et le suivre, il annonce dès aujourd’hui : « Réjouissez-vous, soyez dans l’allégresse, car votre récompense est grande dans les cieux ! »
Père Alexandre-Marie Valder