L’Eucharistie, sacrement des transformations
L’Eucharistie, sacrement des transformations
(d’après une méditation du cardinal Ratzinger en 2002)
À la dernière cène, la veille de sa mort, le Seigneur a offert son corps livré pour nous et son sang versé pour nous. Ce faisant, il a anticipé la passion du lendemain, le sang versé au jardin des oliviers, puis lors des tortures de la flagellation et du couronnement d’épines, le corps livré aux coups et aux humiliations, suspendu à la croix et déposé dans le tombeau. En anticipant tout cela, il a transformé la violence subie en amour choisi. « Telle est la transformation véritable, sur laquelle se fonde tout le reste. »
Vaincue par l’amour, la mort est transformée à son tour. Elle devient passage, condition de la résurrection. C’est le même corps, né de Marie et enveloppé de langes, baptisé dans le Jourdain et transfiguré, touchant les malades et les possédés, supplicié et enseveli, et enfin ressuscité et assis à la droite du Père. Le Christ est corps spirituel, corps donné, pour l’éternel. La nature humaine pleinement assumée et vécue n’est pas un obstacle, mais au contraire le seul chemin vers le salut.
C’est cela qui nous permet de comprendre la signification de la transformation du pain et du vin, éléments de la création passés par le travail humain, en corps et sang du Christ, corps et sang éternellement donnés pour que nous ayons la vie en abondance. Toutefois, cette transformation des dons matériels en le Don par excellence, le Fils qui se donne au Père en faveur de l’humanité n’est pas la fin ultime de l’Eucharistie.
« L’objectif de l’Eucharistie est la transformation de ceux qui la reçoivent dans l’authentique communion avec sa transformation. » L’assemblée reçoit le pain et le vin transformés afin d’être transformée elle-même en l’Église, corps du Christ qui se donne au Père en faveur de l’humanité. « Que l’Esprit Saint fasse de nous une éternelle offrande à ta gloire », dit la troisième prière eucharistique.
Par l’Eucharistie nous sont données la mission et la force de mettre en œuvre la cinquième et dernière transformation. Membres du corps du Christ, nous sommes envoyés dans le monde afin de prendre part à son œuvre de transformation : réconciliation des hommes et des femmes avec Dieu, conversion des forces de division en forces de communion, renouvellement de « la création tout entière, enfin libérée de la corruption du péché et de la mort », afin qu’elle glorifie le Père, par le Fils, dans l’Esprit Saint.
Alexandre-Marie Valder, prêtre