Ascension, 14 mai 2026, Sion, Visite Pastorale
Ascension – 14 mai 2026 – Sion – Visite pastorale Nancy Sud
Ascension… pour bien des gens de bonne volonté, cela évoque surtout un agréable pont du mois de mai. Et pour les croyants distraits, c’est tout simplement le départ de Jésus dans les airs, qui nous laisse bien désemparés. Autant le dire tout de suite, comprendre l’Ascension du Seigneur comme une prise de distance, une sorte d’évasion ou de fuite, est un énorme contre-sens. La toute dernière parole de Jésus dans l’Evangile selon Saint Matthieu que nous venons d’entendre peut nous aider à démasquer cette erreur d’interprétation : Jésus envoie en mission ses onze apôtres avec cette parole : « Et moi, je suis avec vous tous les jours jusqu’à la fin des temps. » La mission qu’il leur confie va être possible précisément parce qu’il leur promet sa présence indéfectible, renforcée par le don de l’Esprit Saint comme nous l’avons entendu dans le récit des Actes des Apôtres dans la première lecture : « Vous allez recevoir une force quand le Saint Esprit viendra sur vous ; vous serez alors mes témoins à Jérusalem, dans toute la Judée et la Samarie, et jusqu’aux extrémités de la terre. » Voilà le lien entre l’Ascension et la Pentecôte : l’Ascension de Jésus est la condition pour que l’Esprit Saint soit répandu et embrase le monde de son feu.
Si l’Ascension est un véritable envoi en mission, autant dire que c’est une grande grâce pour votre secteur de commencer aujourd’hui la visite pastorale. Et je vois 3 cadeaux à accueillir :
D’abord, une connaissance plus profonde de Jésus. Même si Jésus n’abandonne pas ses disciples, il leur faut néanmoins passer un cap. Matthieu parle des doutes qu’ils ressentent. Dans les rencontres avec le Ressuscité, ils ont commencé à découvrir un autre mode de relation avec leur Seigneur, mais on peut bien imaginer qu’ils ont été un peu désorientés et que la force de l’Esprit leur est bien nécessaire. Dans notre monde aujourd’hui, les raisons d’être inquiets et parfois même découragés ne manquent pas : guerres, violences, indifférence, peurs… Comme disciples du Seigneur ressuscité, il nous est donné de croire du plus profond de notre cœur en cette présence discrète, plus intime que nous-même, du Christ vivant. Dire que Jésus est assis à la droite du Père ne signifie pas qu’il est au balcon du ciel et qu’il regarde d’un air distrait et attristé les misères du monde. Non, il a bien promis : « Je m’en vais et je reviens vers vous. » C’est donc qu’il règne dans nos cœurs et dans le monde, si nous accueillons son Esprit Saint et que nous le laissons guider nos vies. Ainsi, quand nous perdons confiance ou quand nous nous mettons la tête à l’envers devant les soubresauts de l’Eglise, les difficultés d’appeler de nouveaux acteurs de la vie de nos communautés ou ce qui nous parait des déserts de l’annonce de l’Evangile, réécoutons sa promesse : « Et moi, je suis avec vous tous les jours jusqu’à la fin du monde. »
Cela débouche sur le 2ème cadeau, que saint Paul dévoile dans le passage de l’épître aux Ephésiens que nous avons entendu en 2ème lecture : l’espérance qui nous est ouverte. L’année jubilaire 2025 nous a permis de redécouvrir ce qu’elle est réellement. L’Ascension ne concerne pas que Jésus mais bien toute l’humanité, nous qui sommes son Corps. Ecoutons St Paul : « Qu’il ouvre à sa lumière les yeux de votre cœur, pour que vous sachiez quelle espérance vous ouvre son appel, la gloire sans prix de l’héritage que vous partagez avec les fidèles, et quelle puissance incomparable il déploie pour nous, les croyants, c’est l’énergie, la force, la vigueur qu’il a mise en œuvre dans le Christ quand il l’a ressuscité d’entre les morts et qu’il l’a fait asseoir à sa droite dans les cieux. » Rien que cela ! Cela veut dire que, au final, au bout de l’histoire du cosmos, de même que le Christ Tête du Corps est passé dans la gloire, le Corps que nous formons passera aussi. C’est comme dans un accouchement. L’Ascension de Jésus révèle que son humanité est à jamais en Dieu et c’est la promesse déjà manifestée dans l’Incarnation à Noël, de notre propre participation à la vie de Dieu. C’est bien avec son corps que Jésus est reçu en Dieu. Cela indique la dignité infinie de l’être humain aux yeux de Dieu, dès maintenant. Avec Jésus, notre humanité est accueillie en Dieu. Et notre corps lui-même aura un avenir, car il est comme un grain semé pour devenir plante. La célébration de l’eucharistie nous le rappelle sans cesse, et nous sommes appelés à la vivre comme une ascension, en nous accrochant au Christ qui s’offre au Père. Ces paroles de foi doivent être le cœur d’une visite pastorale.
Enfin, le 3ème cadeau, c’est un élan missionnaire renouvelé. « Vous serez mes témoins… jusqu’aux extrémités de la terre. » (Actes) « De toutes les nations, faites des disciples, les baptisant, leur apprenant à garder les commandements… » On entend là la triple dimension de toute communauté chrétienne : l’annonce, la célébration et le service ou plus largement la participation à cette transformation du monde par l’amour. Aussi fragiles que nous nous sentions, pas assez nombreux, pas assez organisés, pas assez formés, c’est sur nous que le Seigneur compte pour cette mission ! Nous ne pouvons pas garder pour nous le trésor de l’Evangile. Il nous est remis pour que nous le partagions. Invitation à ne pas ronronner, répéter nos habitudes, nous crisper sur nos manières de faire. En ce moment, le Seigneur nous envoie de nouveaux croyants : on ne les attendait pas forcément ; ils sont un peu une surprise, mais nous n’avons pas le choix : ils comptent sur nous ; leur foi et leurs questions nous rafraîchit, même s’ils nous déplacent… Pendant ces 4 jours que nous passons ensemble, je suis prêt moi-même à me laisser surprendre, à me réjouir avec vous, à pleurer avec vous devant les épreuves de la mission. Je désire vous encourager et rendre grâce car la présence du Christ ressuscité nous déborde et nous réjouit.
Monseigneur Pierre-Yves Michel