Autour de nous, témoins d’espérance.

Autour de nous, témoins d’espérance.

 

Saint Paul est un géant, peut-être celui dont les écrits ont eu le plus d’influence dans l’histoire. Cependant, frères et sœurs, reconnaissons-le : l’épître dominicale nous laisse souvent indifférents. Trop compliqué, pas  assez concret. Une fois n’est pas coutume, ce n’est pas le cas aujourd’hui.

Y a-t-il une personne dans notre assemblée qui n’ait jamais dit comme Paul, « j’ai dans le cœur une grande tristesse, une douleur incessante… » pour cet ami, ce frère, cette sœur, cet époux, cet enfant qui ne connaît pas le Seigneur Jésus ? Qui de nous n’a pas éprouvé pour ses proches la même incompréhension que Paul pour ses frères juifs ? Ils avaient tout reçu en héritage : l’adoption, la gloire, les alliances, la loi, le culte, les promesses de Dieu, les patriarches, le Christ lui-même, et pourtant la plupart ont tourné le dos au salut offert.

Nous pourrions faire la même liste en ce qui concerne nos proches. Par le baptême, ils ont été plongés dans la Pâque de Jésus ; par la confirmation, ils ont été comblés de l’Esprit-Saint ; dans l’eucharistie, le Seigneur Jésus est venu habiter en eux ; avec la prière du rosaire, ils ont appris à suivre Jésus avec Marie ; Français par le sang ou par la culture, ils sont héritiers de saints Louis, Jeanne d’Arc, François de Sales, Jeanne de Chantal, Vincent de Paul, Bernadette et Thérèse ; le Concile Vatican II leur a largement ouvert les portes de l’Écriture et de la liturgie ; c’est dans leur langue qu’ils ont entendu résonner le message de miséricorde et de pardon ; ils ont connu la douceur de Paul VI, le sourire de Jean-Paul Ier, le charisme de Jean-Paul II, la sagesse de Benoît XVI, la joie communicative de François ; ils ont connu l’époque des prêtres nombreux et des paroisses vivantes.

Pourtant, comme les contemporains de Paul, ils ont dit « non » à l’Évangile du salut. La grâce de Jésus, le Christ notre Seigneur, l’amour de Dieu le Père et la communion de l’Esprit-Saint leur étaient offerts ; ils ont préféré l’argent, le pouvoir, l’autosuffisance du moi, une vie creuse et sans éclat. Une anecdote suffit à résumer cela. Une adolescente se préparait au baptême. À ses parents qui lui demandait quelle mouche l’avait piquée de vouloir se faire chrétienne, elle a répondu : « Je ne veux pas d’une vie vide comme la vôtre. »

 

Frères et sœurs, au spectacle de ce refus du salut offert, saint Paul ne cache pas sa tristesse et sa douleur. Serions-nous plus sages que lui ? plus confiants en la puissance de la miséricorde divine ? J’en doute fort.

Il ne s’agit pas de désespérer, comme si nos proches étaient irrémédiablement coupés de Dieu : saint Paul, mieux que personne, sait que la grâce peut transpercer les carapaces d’orgueil les plus épaisses. D’un autre côté, il ne faut pas non plus minimiser ce drame : Jésus leur a dit « Viens ! », ils ont répondu « Non ». Jésus le leur a redit encore et encore, il continuera jusqu’au dernier instant de leur vie et, pour l’instant, ils s’obstinent dans leur refus.

Ne passons pas trop vite sur cela, même si cela nous fait mal. Je ne dis pas cela de haut et de loin : moi aussi, comme vous, je suis concerné. Ne passons pas trop vite, sinon nous risquons de ne pas nous sentir concernés par l’annonce de la Bonne Nouvelle. Or tout baptisé – pas seulement les prêtres, les religieux ou les missionnaires – tout baptisé a pour mission d’évangéliser, de dire que Jésus est venu habiter et sauver absolument toutes les dimensions de l’existence humaine.

 

Je pense notamment à la mort. Encore une anecdote. Quelques chrétiens avaient pris la parole lors d’une cérémonie laïque à l’occasion d’un enterrement. « Mais rassurez-vous, me disent-ils, nous n’avons pas du tout parlé de Jésus ! » Mais quel dommage… N’ayons pas peur : nous avons un trésor à partager, et l’Évangile d’aujourd’hui nous en donne trois illustrations.

Premièrement, Jésus vient de multiplier les pains pour nourrir les foules venues l’écouter, comme s’il nous disait : « Soyez sans crainte ! Celui qui me suit ne saurait manquer de l’essentiel. Dites-le à ceux qui se comportent comme si consommer pouvait les rendre plus vivants, comme si accumuler de l’argent pouvait faire reculer la mort. » Frères et sœurs, la frustration, le fait de ne pas avoir tout, tout de suite, là, maintenant, peut devenir le lieu de la rencontre avec le Père. Rappelons-nous la parole du psaume : « Le Seigneur est mon berger, je ne manque de rien. »

Deuxièmement, Jésus choisit de rester seul. Tous connaissent la solitude : célibat subi, abandon, départ des enfants, décès de l’époux, grave maladie… et la mort aussi, dans laquelle personne ne peut nous accompagner. N’en ayons pas peur : la solitude aussi peut devenir le lieu de la rencontre avec le Père. Tout au long de sa vie, Jésus s’est ménagé des temps de solitude. Lorsque tous sont loin, le Père, lui, reste toujours proche, que nous sentions ou non sa présence. Si nous osons des moments de solitude, alors nous aurons moins peur lorsqu’elle nous sera imposée par la vie : nous saurons que, même quand tous sont loin, nous ne sommes jamais seuls.

Troisièmement, Jésus marche sur les eaux. Pour Israël, l’eau est le domaine des forces du chaos et de la mort qui menacent toujours d’engloutir les humains, des forces que Dieu seul peut dominer. En marchant sur les eaux au cœur de la tempête, justement, Jésus montre qu’il est le Seigneur, celui sur qui la mort n’a pas de prise, et qu’il peut sauver celui qui répond à son appel, « Viens ! ».

 

Manquer, être seul, mourir… trois réalités qui terrifient nos contemporains qui attendent de nous la Bonne Nouvelle du salut. À Lisbonne la semaine dernière, le pape François a présidé un émouvant chemin de croix. « Vous allez marcher avec Jésus », a-t-il annoncé aux jeunes. Méditer la passion et la mort de Jésus n’est pas morbide ; c’est regarder en face ce qui nous attend tous : abandon, fragilité, avenir bouché, écrasement, souffrance, mort. Avant nous et pour nous tous, Jésus l’a vécu et traversé. Il désire le revivre avec chacun pour le faire passer de ce monde au Père. Cette belle nouvelle, Jésus a besoin de nos bouches pour l’annoncer à tous nos proches qui vivent sans espérance et sans joie.

Alexandre-Marie