» Efforcez-vous d’entrer par la porte étroite …. »

 » Efforcez-vous d’entrer par la porte étroite …. »

Nous sommes quelques années après la résurrection du Seigneur Jésus. Les premiers chrétiens essaient de vivre leur foi au milieu d’un monde hostile. Leurs voisins, leurs amis, leurs proches ne croient pas en Jésus. Ils se sentent bien seuls. Alors ils interrogent les Apôtres : « N’y a-t-il que peu de gens qui soient sauvés ? »

Mettons-nous un instant à leur place. S’il n’y a que peu de gens qui seront sauvés, alors que vont devenir leurs proches qui ne croient pas au nom de Jésus, le seul nom qui puisse nous sauver ? Si au contraire il y a beaucoup de gens qui seront sauvés, alors à quoi bon subir ces épreuves, souffrir et mourir pour le nom de Jésus ? Même si en France pour l’instant nous ne subissons pas la violence à cause de notre foi, nous pouvons aussi nous interroger : ou bien le salut est pour le petit nombre, et alors : que vont devenir nos proches qui ne croient pas ? ou bien le salut est pour beaucoup, et alors : pourquoi nous donner tant de mal pour le bon Dieu ?

C’est alors les Apôtres se souviennent que, bien des années auparavant, on avait posé à Jésus la même question : « Seigneur, n’y a-t-il que peu de gens qui soient sauvés ? » La réponse de Jésus, nous l’avons entendue, se compose de deux parties.

 

Je commence par la deuxième. « On viendra de l’orient et de l’occident, du nord et du midi, prendre place au festin dans le royaume de Dieu. » En disant cela, Jésus fait référence à plusieurs prophéties, comme celle d’Isaïe dans la première lecture.

Au temps du prophète Isaïe, le peuple d’Israël lui aussi souffrait de la part de ses voisins païens. Certains sans doute se réconfortaient en se disant : « Oui, nous souffrons, mais nous sommes le peuple élu, celui qui connaît et qui sert le vrai Dieu, celui que le Seigneur fera entrer dans son Royaume tandis que les nations païennes resteront dehors. » Isaïe, inspiré par l’Esprit Saint, ose cet oracle révolutionnaire : toutes les nations de la terre sont appelées à connaître et à servir le Dieu vivant et véritable.

Par la bouche d’Isaïe, le Seigneur annonce qu’il mettra chez les nations un signe pour qu’elles viennent à lui et voient sa gloire. De là, le Seigneur enverra des rescapés dans le monde entier, qui seront témoins et qui annonceront la gloire du Seigneur dans les pays où ils seront. Alors tous ceux qui les écouteront viendront se rassembler auprès du Seigneur pour le connaître et le servir.

Israël est ce peuple que le Seigneur s’est choisi, le peuple qu’il a éduqué pour qu’il soit un signe pour les autres peuples. Un signe, comme un panneau qui annonce un accident, annonce une réalité qu’on ne voit pas. De même, la mission d’Israël, c’est de désigner par toute sa vie le Seigneur, le seul et unique vrai Dieu, le Dieu vivant. Comme le disait Jésus à la femme de Samarie : « Le salut vient des Juifs. »

Tout cela s’est réalisé, bien que d’une manière inattendue. Ce signe placé au milieu des nations pour leur montrer le vrai Dieu n’a pas été un peuple nombreux et prospère, fidèle et fervent, mais seulement deux personnes, un homme condamné cloué sur une croix et une femme debout à ses pieds.

La croix est le signe paradoxal du Dieu vivant au milieu des nations. Après la mort et la résurrection de Jésus, quelques juifs sont devenus témoins chez les Grecs et les Romains. Ces Grecs et ces Romains sont devenus témoins chez les habitants de l’Europe, de l’Afrique du Nord, du Proche et du Moyen-Orient. Puis sont venues les missions dans les Amériques, en Afrique subsaharienne, en Extrême-Orient et en Océanie. Et aujourd’hui ces mêmes peuples sont à leur tour témoins chez nous.

A la question qui lui était posée par les disciples, de savoir s’il y aurait peu de gens à être sauvés, Jésus a répondu que le salut serait offert et proposé à tous. Comme catholiques, nous croyons que Jésus seul est le salut et aussi que « puisque le Christ est mort pour tous […], l’Esprit Saint offre à tous, d’une façon que Dieu connaît, la possibilité d’être associé au mystère pascal. » (GS n°22) Nos proches, même s’ils ne croient pas en Jésus, recevront tous en cette vie la possibilité de se prononcer pour lui, peut-être grâce à notre témoignage.

 

J’en viens maintenant à la première partie de la réponse de Jésus. « Efforcez-vous d’entrer par la porte étroite, car […] beaucoup chercheront à entrer et n’y parviendront pas. »

Jésus interpelle ceux qui se reconnaissent ses disciples : j’appelle tous les hommes, mais peut-être ne vont-ils pas venir à moi, et vous ? Oui, vous avez mangé et bu avec moi, mais avez-vous écouté mon enseignement ? Oui, vous avez écouté mon enseignement, mais l’avez-vous mis en pratique ?

Dans cette courte parabole du maître de maison qui referme la porte au nez des invités, que leur reproche-t-il ? « Eloignez-vous de moi, vous tous qui commettez l’injustice. »

La justice, c’est que chacun reçoive ce qui lui est dû. Par exemple, dans le domaine pénal, la justice, c’est que le coupable et la victime soient reconnus, que l’un reçoive une punition adaptée et l’autre une compensation appropriée. L’injustice, c’est au contraire que quelqu’un soit privé de ce qui lui revient.

La justice que le Seigneur demande à ses disciples, c’est de travailler à ce que chacun reçoive ce qui lui est dû. Je vous en propose quelques exemples, charge à chacun de faire preuve de « courage créatif », selon la belle expression du pape François. Au Seigneur notre Dieu, nous devons notre adoration et notre action de grâce. En priant quotidiennement, en participant à la messe, nous ne lui faisons pas l’aumône : nous lui rendons ce qui lui est dû. A ceux qui exercent justement l’autorité sur nous, nous devons le respect. Aux pauvres, nous devons le secours de notre argent, de notre temps, dans la mesure de ce que nous possédons et de ce dont ils ont besoin. Quant à ceux qui sont pauvres de ne pas connaître le Christ, à ceux au milieu de qui nous vivons, ceux à qui le Seigneur nous envoie, nous devons le témoignage de notre foi, afin que, de l’orient et de l’occident, du nord et du midi, un grand nombre vienne prendre place au festin dans le royaume de Dieu.

Alexandre-Marie,